X

Recherches fréquentes

VIGNERON
GENÈVE

Vent nouveau sur le terroir

Au Domaine de Beauvent à Bernex, Jérôme Cruz a pris la relève de son père Bernard. Le jeune vigneron-encaveur, issu de l’économie, a mis son cœur et son double savoir-faire au service de la tradition et de l’innovation.

PHOTO
Patrick Gilliéron Lopreno
21 octobre 2019

La journée est radieuse, une légère brise souffle sur le chemin des Muscadelles. Les vignes basses du Domaine de Beauvent à Bernex (GE) ondulent à flanc de coteau. L’été écoulé, chaud et pluvieux, a gorgé le raisin, énorme. Par contraste, «on sort sur un millésime 2018 très solaire», explique Jérôme Cruz, qui vient de reprendre les rênes de l’exploitation familiale. Le passage de témoin sera officiel en janvier 2020. Le père, Bernard (65 ans) pourra souffler. Voici tout juste quarante ans qu’il a monté le Domaine de Beauvent. Avant lui, le grand-père, Robert, ne vinifiait pas.

Jéròme Cruz (35 ans) a quitté en 2016 une brillante carrière en entreprise pour se consacrer au patrimoine familial.

Né dans le vignoble, Jérôme Cruz a quand même pris son temps avant de choisir la terre. Il est directeur d’achats dans l’industrie médicale lorsqu’il décide de changer de vie en 2016. «La vigne ne m’a jamais quitté », admet-il. Il évoque le patrimoine familial et l’importance de pouvoir le transmettre. L’homme à la barbe de hipster va mettre ses talents de gestion au service de sa passion.

La réputation de la cave familiale n’est plus à faire. En juin dernier, lors de la 20e édition de la Sélection des vins de Genève, Bernard et Jérôme Cruz remportent le «Sanglier»: leur rouge Mondeuse 2015 a obtenu le meilleur pointage. Le Chasselas Beauvent 2018, «un vin de première bouche, vif et fruité», a quant à lui raflé une médaille d’argent. Jérôme Cruz peaufine l’image du domaine: un nouveau logo «B» (pour Beauvent, Bernard et Bernex) et un virage réussi vers la communication digitale.

Credo bio

En matière de viticulture toutefois, le credo reste plus que jamais la tradition au plus près de la nature: un vignoble propre, sans herbicide, des travaux saisonniers manuels et des vendanges, elles aussi manuelles. Au domaine, le souci pour l’environnement est bien concret: la nouvelle cave fonctionne 100% à l’énergie solaire et dispose d’un système intégré de retraitement des eaux. Renoncer à un produit requiert de trouver un équivalent durable. «Entre-temps, la nature n’attend pas, déclare l’entrepreneur. C’est tout le défi de la culture biologique.»

L’entretien de 16 cépages très divers, répartis sur 16 hectares, ne laisse pas de temps morts. Au plus fort des vendanges, l’exploitation emploie une douzaine de saisonniers. Par la suite, ils sont quatre pour assurer la vinification, la taille, les travaux de préparation et bien sûr, la vente. Tout le clan Cruz – logé chacun chez soi dans la grande bâtisse parentale – y met du sien, y compris les deux sœurs de Jérôme.

Le caveau du Domaine de Beauvent reçoit presque chaque jour. Ici, on mise sur une vigne propre et des vendanges manuelles.

Mais Beauvent, c’est également une affaire de confiance. Le nouveau patron s’est adjoint l’expertise de l’ingénieur œnologue Thibault Lefort (33 ans), qui partage sa vision des choses et «a carte blanche». Leur priorité, c’est innover dans la qualité, pour le marché local d’abord. «Nous ne sommes pas dans un objectif de quantité.» Chaque jour, des visiteurs passent au caveau pour des dégustations. Le dimanche, Jérôme Cruz a le temps pour les siens: il est papa d’un garçonnet de 3 ans et la tribu va bientôt s’agrandir. Songe-t-il déjà à la relève? «Mes enfants auront le choix, assure-t-il. Mais ce serait pas mal quand même…»

Chasselas Beauvent 2018

  • Prix: 9fr.95
  • Origine: Suisse (Bernex)
  • Cépage: chasselas
  • Maturité: 2018–2021
  • Disponible: dans les supermarchés Coop régionaux