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Aimer son corps comme il est

Le mouvement Body Positive prône l’acceptation de soi, défauts y compris. En vogue sur les réseaux sociaux, il encourage à diversifier l’image du corps, et à reprendre pied avec la réalité à une ère où la retouche photo est reine.

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Valentin Flauraud
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Geoffrey Raposo
13 mai 2019

«J’arrive à faire abstraction du regard des autres sur mon corps. C’est un soulagement et une libération de me dire que je m’aime comme je suis. Et l’avis des autres, je n’en ai pas besoin», raconte Nina Seddik (32 ans), qui s’est battue pour tordre le cou à ses complexes, au gré de prises et de pertes d’une poignée de kilos. Depuis plusieurs années, cette Lausannoise s’intéresse au mouvement Body Positive.

Né en 1996 aux Etats-Unis, il prône l’idée de s’affranchir des diktats qui font que l’on est toujours trop gros, trop moche ou pas assez bronzé. Obsédés par l’image du corps parfait dont nous sommes bombardés à travers les médias et les publicités, nous trouvons toujours que quelque chose cloche dans le miroir. Pourtant la donne est faussée, car ces images sont des chimères, des corps retouchés, qui contribuent à une perception corporelle négative. Pour les femmes comme les hommes, le Body Positive ouvre un chemin vers l’acceptation de soi, avec ses bourrelets et sa cellulite. Le mot-clef à garder en tête est «bienveillance», envers soi-même mais également envers les autres.

La jeune femme s'agace face aux injonctions courantes de type «perdez du poids et soyez plus heureux». «Le bonheur n'est pas une question de kilos», martèle-t-elle.

«C’est un état d’esprit et un travail de tous les jours», confie Nina, qui nous a reçus dans son appartement à Lausanne. «Aujourd’hui, j’ai dépassé le mal-être de mes 15 ans, où je n’arrivais pas à aller à la piscine car je me sentais trop grosse dans mon maillot de bain», raconte-t-elle. «Je crois que c’est le déclic de la trentaine, je me suis rendu compte que ces complexes, c’était trop d’énergie perdue pour rien. On passe à côté de moments sympas car notre mal-être prend le pas sur tout.»

Pour montrer des vrais corps de femmes, et aider les Suissesses à décomplexer, cette journaliste freelance a réalisé l’an dernier une série de photos en sous-vêtements avec des copines de différentes morphologies. Les retours sur son blog (nanamadit.com) et les réseaux sociaux ont été enthousiastes! Le sujet interpelle beaucoup de monde, car la majorité des femmes ont aujourd’hui une image négative de leur corps, une tendance qui touche aussi de plus en plus la population masculine (lire le témoignage en bas de page). En Suisse romande, seulement 37% des jeunes hommes déclarent ainsi que leur poids leur convient et 46% souhaitent perdre des kilos, d’après une étude de Promotion Santé Suisse menée auprès d’adolescents de 13 à 16 ans en 2015. Seulement moins d’un tiers des jeunes femmes se disent satisfaites de leur corps.

«Aujourd’hui, je me sens vraiment mieux dans mon corps»

Nina Seddik

Une mauvaise image de soi

L’image de soi est un élément important de l’identité. Si celle-ci est négative, elle peut alors perturber la santé psychique et conduire à des comportements dangereux (anorexie, boulimie, etc.). La vision de notre corps est aussi façonnée par nos interactions. Difficile d’être en mode Body Positive si l’entourage émet des remarques désagréables: cela signifie qu’il faut faire taire à la fois cette petite voix dans sa tête… et celle des autres.

Chacun peut s’identifier au mouvement Body Positive, peu importe son poids. Une mauvaise image corporelle dépend de l’idée qu’une personne se fait de son propre corps et de la satisfaction qu’elle en a, indépendamment de conditions objectives. Une galerie de profils de diverses corpulences, même minces, s’affichent avec le hashtag #bodypositive sur les réseaux sociaux.

Avant de trouver son équilibre, Nina est passée par une série de régimes. «J’en ai essayé plusieurs, avec toujours des frustrations à la clef.» L’élément déclencheur? Deux inconnus l’avaient traitée de «grosse» dans la rue à 18 ans. «J’ai alors réussi à perdre 7 kg. Les gens autour de moi ont eu des réactions très positives. Cela stimule le système de récompense de voir de l’admiration dans le regard des autres», raconte-t-elle. Les régimes ne sont pas compatibles avec l’esprit Body Positive: la question n’est pas de perdre ou de gagner du poids, mais de manger équilibré, en sachant se faire plaisir. «Aujourd’hui, je pèse 10 kg de plus que lorsque j’avais 18 ans et que j’étais très complexée. Et je me sens vraiment mieux dans mon corps, déclare-t-elle. Parfois je me regarde dans le miroir et je me dis, oui j’ai quand même du ventre… Mais après, je me dis aussi: et alors?»

Côté cuisine, Nina mange très équilibré, avec beaucoup de légumes, mais reste à l’écoute de ses envies. «Si je veux vraiment une pizza ou une glace, je me les accorde. Paradoxalement, en évitant la frustration, je mange plus équilibré sur le long terme.» Là où il faut faire attention, c’est lors de coups de fatigue ou de stress. «On peut en arriver à manger ses émotions.» Analyser ces impulsions permet de leur apporter une autre réponse, par l’exercice par exemple. Si le Body Positive prône d’abandonner les régimes et programmes sportifs astreignants avec des objectifs inatteignables, cela ne signifie pas une démission face à son corps. Dans Le cahier Body Positive pour les nuls (Ed. First), la journaliste Agathe Tivoli écrit qu’être Body Positive, ce n’est pas se résigner, mais se prendre en main avec bienveillance. «Le lâcher-prise est important, mais on ne doit pas ignorer son corps, plutôt l’écouter davantage.» Ainsi, l’idée est de reconnecter son corps et son esprit. Nina fait du yoga et du spinning (vélo en salle), pas pour perdre du poids, mais pour évacuer son stress: «Je me sens mieux dans ma tête et donc dans mon corps, qui devient un outil et un allié.»

«Le sport me permet de reconnecter mon corps et mon esprit, raconte Nina Seddik. Grâce à lui, je me sens plus confiante.»

Chasser les diktats

Le Body Positive souhaite aussi démonter d’autres diktats que celui de la minceur. Teindre ses cheveux gris pour avoir l’air plus jeune, traquer le moindre poil, se maquiller chaque matin: autant de gestes qu’on se sent peut-être obligé(e)s de faire… «L’idée est de prendre soin de soi, mais de le faire car on en a personnellement envie et pas parce que la société nous y oblige», explique Nina, qui ne se maquille plus que quand elle en a vraiment envie.

«Ce qui est important avant tout, c’est de cultiver la bienveillance, envers soi-même et les autres. D’ailleurs, plus on se sent mal face à son image, plus on va critiquer celle des autres», observe Nina. Il est donc temps d’arrêter de se comparer sans cesse.

Faire preuve de plus de bienveillance face à son reflet dans la glace reste un combat de tous les jours. «On peut être tellement dur envers soi-même, on est notre pire juge! On focalise sur nos petits défauts, que les autres ne voient pas. Et je ne dis pas que j’ai totalement résolu cela», ajoute la jeune femme. Mais elle y travaille! «Je suis contente d’aimer mon corps aujourd’hui, car je reviens de loin.»

«Je mange équilibré, avec beaucoup de légumes. Mais si j'ai envie de pâtes ou de pizza, je me les accorde.»


Ce qu’il faut retenir

4 pistes pour vivre Body Positive*

  1. Plutôt que de faire un régime, se créer de nouvelles habitudes pour manger équilibré avec un maximum de plaisir.
  2. Se rendre compte qu’on est bombardés d’images qui nous complexent, mais que celles-ci ne montrent pas la réalité.
  3. Si on souhaite vraiment mincir ou qu’on doit le faire pour des raisons médicales: oui au combat, non à la résignation.
  4. Faire les choses pour soi et non pas à cause des diktats de la société.

* Selon «Le cahier Body Positive pour les nuls», Agathe Tivoli, Ed. First


Suivre le mouvement Body Positive sur les réseaux

4 comptes Instagram de femmes à suivre

https://www.instagram.com/ely_killeuse

https://www.instagram.com/lenadunham

https://www.instagram.com/i_weigh/

https://www.instagram.com/stephaniezwicky

2 comptes Instagram d’hommes à suivre

https://www.instagram.com/bingeeaterconfessions

https://www.instagram.com/notoriouslydapper/

3 hashtags Body Positive à suivre sur les réseaux sociaux

#allshapesallsizes
#loveyourbody  
#AlternativeCurves

3 séries qui montrent de la diversité à l'écran dans la représentation des femmes

  • Shrill

  • Girls

  • Orange is the new black


Témoignage de Roberto, 42 ans

Complexes au masculin

«Le physique, c’est important pour la confiance en soi et, bien sûr, le regard des autres entre en compte. On aimerait l’ignorer, mais ce n’est pas évident. Parfois on me fait des remarques: «Tu perds des cheveux, tu es bientôt chauve.» Depuis tout jeune, j’aime faire attention à mon corps, et comme mon père, j’ai une tendance à la calvitie. Cela me travaille beaucoup depuis 10 ans. Du coup, je m’empêche de faire des activités comme aller à la piscine ou une sortie en bateau de peur d’être décoiffé et que cela se voie. Au ski, je me cache sous mon bonnet. Certains ne s’acceptent pas comme ils sont, mais ne font rien pour changer. D’autres se rasent la tête et assument ainsi. Il y a de très beaux mecs avec la tête rasée! Moi, j’ai de la peine à renoncer à mes cheveux. J’aime les toucher, me coiffer, et j’ai peur de moins plaire sans. Les implants sont à la mode et après avoir longuement réfléchi et m’être bien informé, c’est quelque chose que j’envisage sérieusement pour me sentir mieux dans mon corps. J’ai besoin de cela pour passer à autre chose.»

«Il faut ouvrir le spectre de la beauté»

Le point de vue d’une conseillère en image

Sandra Pérez Chitra (37 ans) anime des ateliers Body Positive en Suisse romande pour donner confiance en elles aux femmes. Son cabinet de conseil en image (Poll & Mera) est basé à Fribourg.

«La beauté, ce n’est pas une question de poids! On n’en peut plus des modèles uniformes et inaccessibles, qui font qu’on veut toutes être pareilles. J’apprends à mes clientes à se regarder par petites parties du corps plutôt qu’en un tout devant le miroir, explique Sandra Pérez Chitra. On a tendance à se focaliser sur ses complexes, or nous sommes plus que des cuisses ou un ventre. Il faut être capable d’admettre que la perfection n’existe pas. En plus, c’est important d’ouvrir le spectre de la beauté, car c’est très subjectif: on ne va pas tous trouver beau la même femme ou le même homme. Finalement, il faut savoir ce qu’on aime en nous et le révéler. Changer son regard sur soi-même, c’est aussi changer celui des autres. C’est la clef.»

«Les régimes sont devenus un mode de vie»

Un reproche qui revient régulièrement contre le mouvement Body Positive, c’est l’accusation de célébrer des corps en mauvaise santé et en surpoids. Qu’en pensez-vous?

La question à se poser est: pourquoi célèbre-t-on le corps? Pour ce qu’il accomplit à longueur de journée, pour la personne à qui il appartient ou bien pour son poids? Je ne vois pas non plus de raison de célébrer un corps mince pour son nombre de kilos. Ce qui compte, c’est l’acceptation et la satisfaction de soi, indépendamment des apparences, et ce qu’il faut célébrer, c’est plutôt nos qualités et nos capacités, quelle que soit l’image que l’on renvoie.

Brigitte Rychen (54 ans)

Chargée de la sensibilisation à l’image corporelle positive chez Promotion Santé Suisse

Pourquoi est-ce important?

C’est nécessaire parce que le surpoids et d’autres prétendues «tares» se heurtent à des préjugés qui ont la vie dure. Les personnes grosses sont discriminées: on les considère comme paresseuses et bêtes. Or, cela n’a rien à voir avec le poids! En général, il n’est pas pertinent de s’attarder sur le nombre de kilos d’une personne, même dans le domaine de la santé. Un corps mince n’est pas systématiquement synonyme de bonne santé, tandis qu’un corps gros n’est pas nécessairement en mauvaise santé. Des études montrent même que les personnes en léger surpoids ont une espérance de vie supérieure.

Et pourtant, tout le monde recherche la minceur!

De nos jours, l’apparence physique est un marqueur social. Trop sortir du moule est mal perçu. Raison pour laquelle les troubles alimentaires montent en flèche et touchent même les femmes de plus de 30 ans. Chez les hommes, on constate une progression de la dysmorphie musculaire, la quête d’un corps musclé et une perception biaisée du corps. La chirurgie esthétique connaît un boom, les régimes sont devenus un mode de vie. Nombreux sont les parents à être au régime permanent et à ne pas remarquer que leurs adolescents glissent dans les troubles alimentaires, car il semble désormais normal de se priver!

Comment transmettre à son enfant une perception positive de son corps?

En s’abstenant de faire des commentaires sur son apparence, donc ne pas le complimenter à ce sujet non plus. Se concentrer plutôt sur ses qualités, sinon l’enfant apprendra qu’il n’est bien que… s’il est beau.