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Meilleurs amis

On célébrera la journée mondiale de l’amitié, le 30 juillet prochain. Cette relation privilégiée a façonné la vie de nos interlocuteurs, qui nous ouvrent volontiers leur boîte à souvenirs.

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Valentin Flauraud
15 juillet 2019

Benoît Waber (à g.) et Léonard Gamba (à dr.) ont fait connaissance sur cette place de jeu à Villars-sur-Glâne. Il y a trois ans, ils ont ouvert un restaurant ensemble à Fribourg.

Grandes amitiés

Quiz cinéma

Amitiés intergalactiques, bandes de potes cultissimes, promesses et paris entre amis. Dans le cinéma ce ne sont pas les amitiés qui manquent. Testez vos connaissances avec notre quiz!

L’amitié, ça prend tous les visages: un ballon de foot, une paire de skis, des casseroles, des aiguilles à tricoter… ça naît à tous les âges – ça meurt aussi parfois –, ça fait rire, pleurer, voyager, grandir. Et surtout, ça rend heureux. L’Université de Harvard a suivi pendant 75 ans des personnes pour une étude d’une envergure inégalée. Résultat: les sondés qui avaient de vrais amis s’avéraient plus satisfaits de leur vie. Il y a donc de quoi célébrer ce lien, le 30 juillet prochain. «Il s’agit d’une relation socialement reconnue comme privilégiée et basée sur la notion de choix», selon la sociologue Gaëlle Aeby, auteure d’une thèse sur les réseaux personnels en Suisse. «Interrogés sur les personnes qui comptent le plus dans leur vie, les gens en mentionnent environ quatre. Si le couple arrive en première position, près de la moitié des participants citent aussi des amis au cœur de leur réseau, ce qui montre bien l’importance de l’amitié aujourd’hui.»

Pour Benoît Waber (29 ans) et Léonard Gamba (27 ans), tout a commencé à la route des Dailles, à Villars-sur-Glâne (FR), où ils habitaient le même immeuble, dans les années 90. «On devrait accrocher une plaque commémorative ici», sourit Benoît, devant l’entrée. Le quartier n’a pas changé, mais la cour où ils jouaient au hockey et au foot est devenue une place de jeu colorée et sécurisée. Tous les enfants s’amusaient dehors le plus tard possible, pendant que leurs parents prenaient l’apéro ensemble. «Ben et Léo», comme tout le monde les appelle déjà, allument des pétards et sont imbattables au ping-pong. Ils se perdent de vue quand la famille Gamba déménage dans un autre quartier. Ils se retrouvent au collège et font leur jeunesse dans les bars fribourgeois.

Gaëlle Aeby

Sociologue

«L’amitié est une relation choisie et privilégiée»

C’est précisément cette culture du savoir vivre ensemble de leur enfance qui les pousse vers la gastronomie, jusqu’à ouvrir, il y a trois ans, un restaurant bistronomique ensemble, le Café de la Fonderie, dans la capitale du canton.

Depuis toujours ou récemment, peu importe

Reynald Parmelin et Jean-François Pellet se connaissent, eux, depuis plus longtemps encore, puisque leurs pères déjà étaient amis et vignerons sur la Côte. Contemporains de 1966, ils partent en camps de ski ensemble, se retrouvent dans les bals de jeunesse, mélangent même un jour des somnifères dans la boisson de la grand-mère qui les gardait pour aller faire les 400 coups. Ils effectuent les cours d’apprentissage côte à côte à Marcellin, puis l’école d’œnologie à Changins. Jean-François Pellet rencontre sa femme dans les vignes californiennes et s’est établi à Walla Walla, dans l’Etat de Washington, depuis quelques années. Il ne reviendra plus au pays, de son propre aveu. Fin de l’amitié? Que nenni, ils restent en contact étroit, autrefois par téléphone, aujour- d’hui via Skype et Whatsapp.

Elisabeth Ropraz (62 ans) et Pierrette Théoduloz (69 ans), elles, ne sont pas des amies de toujours. Elles se sont rencontrées au Bar à laine à Sion, un magasin et club de tricot, il y a tout juste une dizaine d’années, quand la seconde s’est installée en Valais. Ce qui les lie? «On a vécu la même enfance, la même éducation, on a les mêmes idées, les mêmes goûts. Et on n’a pas de problème pour rigoler et faire les folles», raconte Elisabeth Ropraz. «On va voir des expositions, on fait des voyages ensemble, à deux ou avec le club de tricot. Mais toujours sans nos maris!», ajoute Pierrette Théoduloz en riant. Leur amitié est personnelle, leurs enfants ne se connaissent pas. «Pour nous, cela ne joue aucun rôle qu’on ne soit amies que depuis dix ou cinquante ans.»

Reynald Parmelin et de Jean-François Pellet, en 1996 lors de leur double mariage en Californie.

Le petit truc en plus

Mais au fond, c’est quoi l’amitié? «La notion se dilue, avec les réseaux sociaux, observe la sociologue Gaëlle Aeby. On manque de termes pour définir les degré d’amitié, entre connaissance, copain, ami, meilleur ami…» A l’Université d’Oxford, l’anthropologue Robin Dunbar a calculé qu’on ne peut entretenir que 150 relations significatives à la fois.

Reynald Parmelin et Jean-François Pellet faisaient partie d’une bande de dix copains, qui partaient ensemble en vacances. Au fil des ans, ils sont partis à 20, avec leurs compagnes, puis à plus de 40, quand les enfants sont arrivés. Et pourtant, c’est clair, «avec Jean-François, il y a quelque chose en plus». Un respect mutuel, une certaine admiration – chez nos vignerons, le premier s’enthousiasme pour la technique de surgreffage que le deuxième a inventée, le second envie les grandes avancées dans le bio du premier. Ben et Léo évoquent aussi cette admiration. «Ben a toujours plein d’idées, il pourrait tout réinventer en permanence», dit Léo. «Je ne regarde pas les chiffres. Heureusement, Léo est un super gestionnaire», répond Ben.

La distance n'a pas altéré l'amitié de Reynald Parmelin et de Jean-François Pellet, qui ont passé des heures à skier et jouer au foot ensemble, enfants.

Bien sûr, le lien fort qui les unit n’empêche pas parfois les disputes. «Si on n’est pas d’accord dans la vie, ce n’est pas un problème, chacun fait comme il veut, estime Benoît Waber. Mais notre entreprise touche toutes les facettes: la gastronomie, les RH, la communication… On ne peut pas être toujours d’accord à 100%.» «Au final, cela permet de faire moins d’erreurs, car il faut convaincre l’autre», complète Léonard Gamba.

De leur côté, Elisabeth et Pierrette ont chacune traversé de grandes épreuves dans la vie et savent: «Quand ça va pas, y a les copines. Elles nous secouent. C’est précieux. Mon mari en est conscient et respecte notre besoin de passer du temps ensemble», glisse Pierrette Théoduloz.

Les moments charnières de la vie

Par chance, les moments difficiles s’oublient devant les étapes clés de la vie. Fin 1995, les vignerons se téléphonent. Chacun a une grande nouvelle à annoncer à l’autre. Sans se concerter, ils ont décidé de se marier à la même date l’été suivant et de prendre l’autre comme témoin. Aucun souci, Reynald Parmelin emmène sa future épouse aux Etats-Unis, où, à deux jours d’intervalle, les deux mariages seront célébrés, entre les ceps de la Napa Valley, en Californie. La fête se poursuit à San Francisco jusqu’au bout de la nuit. Si tard que Jean-François Pellet s’invite dans la suite nuptiale pour dormir.

Elisabeth Ropraz et Pierrette Théoduloz se sont connues «sur le tard», mais leur amitié n'en est pas moins importante. Tout a commencé autour du tricot.

Des retours de soirée mouvementés, Benoît Waber et Léonard Gamba peuvent aussi en raconter comme, récemment à Berlin, où le chauffeur de taxi les a fait sortir car il ne supportait plus leurs chants à tue-tête. Les deux jeunes hommes ont chacun une compagne, qui s’accommode de leurs frasques. Les couples partiront séparément en vacances cet été, mais se retrouveront quatre jours durant au Portugal.

Elisabeth Ropraz se réjouit d’arriver à la retraite, dans deux ans, pour «avoir encore plus le temps de papoter». Récemment, au cours de yoga auquel elle participe avec sa meilleure amie, la prof les a interpellées: «Mais comment vous pouvez toujours rire?»

 


Pas trop jeunes pour être amis

Des bienfaits pour toute la vie

Quand naissent les premières amitiés? Certains experts évoquent déjà la relation entre le nouveau-né et sa mère. Pour la psychologue-psychothérapeute FSP Sylvie Maeder, elles font partie du développement normal et nécessaire de l’enfant. «Quand il sort de son milieu familial et gagne en autonomie, il développe son empathie, sa relation à l’autre et se distancie ainsi de papa et maman.» Les parents peuvent l’accompagner, en l’aidant à aller vers les autres. «La notion de meilleur ami peut apparaître à tout âge. Elle aide à se construire ensemble, en prenant l’autre comme modèle (et inversement). Le sentiment d’appartenance est très important et influence sur l’identité», explique l’experte veveysanne.

Au tournant de l’adolescence, ce sentiment se renforce encore, les amitiés deviennent fusionnelles. «On veut être exactement pareil ou alors complètement différent des autres.»

Et adulte, a-t-on encore besoin d’amis? «Cela permet de se sentir moins seul, d’avoir un confident, de faire partie de la société. On a moins besoin d’un meilleur ami, on a des amis à qui on se confie selon les affinités.»