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Chère politesse

Ses règles se retrouvent chamboulées par nos nouvelles habitudes, dont le smartphone. Dans le train, au restaurant, dans la rue, comment être poli aujourd’hui?

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Marius Affolter | Michael Meister
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Geoffrey Raposo | Morgane Roth
07 octobre 2019

Rituel codifié inculqué durant notre enfance, la politesse règle notre quotidien sans même que l’on y réfléchisse. Sauf lorsqu’on est heurté par un geste jugé déplacé. Alors, la politesse, était-ce mieux avant? On vous a posé la question dans les rues de Neuchâtel, lors d’un micro-trottoir en vidéo à découvrir sur cooperation.ch. Les avis sont partagés! Certains passants pensent que la politesse se perd, mais pas tous. «On croit que les gens étaient plus polis avant, mais je crois que ce n’est pas vrai. Des malpolis, il y en a toujours eu!», déclare Annette Bovet (47 ans). «Je pense que les discussions à ce sujet sur les réseaux sociaux ont tendance à exagérer le phénomène», estime Latifa Qatrani (19 ans).

Qu’en dit Emilie de Clercq (40 ans), auteure et formatrice dans le domaine du savoir-vivre basée à Prangins (VD)? «La politesse s’adapte en fonction des époques et des mœurs. Ce n’est pas un carcan figé! Non, les gens ne sont pas moins polis aujourd’hui, mais les règles ont évolué, observe-t-elle. On ne vouvoie par exemple plus ses parents comme avant, mais il y a d’autres défis qu’il y a 50 ans: de nouvelles situations familiales, la course à la performance, les nouvelles technologies, etc.»

La politesse repose sur la recherche d’équilibre et d’harmonie dans les relations humaines. «C’est quelque chose qui doit venir du cœur. Cela traduit le fait que l’on respecte l’autre, qui il est, et comme il est. On le considère, mais sans faire de courbettes.» Parce qu’en faire trop, ce n’est pas poli non plus!

Le bruit est une source de frustration dans le train. Selon Emilie de Clercq, spécialiste des bonnes manières, les règles existent pour bien voyager ensemble.

Florilège d’impolitesses

Certains gestes chiffonnent nos témoins. «Il y a des clients qui ne répondent pas au bonjour des caissiers ou des serveurs; cela me choque beaucoup», nous confie Charlotte Gibilini (20 ans). «Ce qui me dérange dans les transports publics, c’est que certains jeunes se permettent de mettre leurs pieds sur les sièges. Aussi, si le train est rempli, on devrait avoir le réflexe d’enlever ses affaires pour faire de la place, sans qu’on doive demander», lance Vera Chevre (55 ans). «Parfois on entend dire que le problème, c’est les jeunes. Ce n’est pas vrai, c’est une question d’éducation, il y a des jeunes très polis», observe Luis Da Luz (70 ans).

Dans son livre «Savoir-vivre aujour­d’hui» (Ed. Cabédita), Emilie de Clercq rappelle les règles de politesse dans les transports publics: laisser de la place aux autres et ne pas s’étaler, faire attention de ne pas bousculer si on a un gros sac, ne pas entrer ou sortir précipitamment, offrir de l’aide aux personnes avec des poussettes, être prêt à laisser son siège à une personne âgée ou en moins bonne santé que soi. Et le savoir-vivre passe aussi par… le nez. «On n’abandonne pas ses déchets de fast-food ou de kebab dans la poubelle du train, pour ne pas imposer l’odeur aux voyageurs suivants», recommande-t-elle, lors de notre rencontre à Nyon.

«Globalement, on est choqués quand les gens sont malpolis, mais la plupart font attention», observe Emilie de Clercq.

Plein les oreilles

Le bruit est source de frustration dans ces espaces clos. «On empiète sur le confort des autres avec du son, que cela soit de la musique, une conversation au téléphone, sur haut-parleur, ou même avec son voisin. Il faut adapter le volume de sa voix et mettre des écouteurs. Et si c’est une urgence et qu’on doit téléphoner, on s’excuse et on reste bref», conseille la spécialiste des bonnes manières. «Après, certains jeunes sont aussi bruyants avec l’effet de groupe… c’est l’âge!», philosophe-t-elle.

Pour la sociologue française Dominique Picard, la politesse est liée au respect de soi et des autres, mais aussi à la notion de discrétion et de tact. Dans un «Que sais-je» dédié au sujet, elle écrit qu’il s’agit de «ne pas gêner les autres, ne pas pénétrer dans leur intimité». Ni de déballer sa vie à une personne que l’on vient de rencontrer. C’est un équilibre à trouver, pour «être aimable sans être emphatique ou envahissant». Ainsi, si on est gêné lorsque quelqu’un raconte sa vie au téléphone dans le bus, c’est parce qu’on est propulsé dans son intimité.

La politesse reste un jeu social. Mais comment savoir si l’on est au diapason des attentes de l’autre, à cette période où les usages changent rapidement? La galanterie envers les femmes est aujourd’hui délicate par exemple. «Pour moi, elle n’est pas indispensable, mais c’est d’une part aux hommes de trouver le juste milieu, et aussi aux femmes d’indiquer clairement si elles trouvent cela appréciable ou… désuet», tranche Emilie de Clercq.

Garder son téléphone sur la table est malpoli. Et le consulter pendant le repas ne se fait pas, selon Emilie de Clercq.

Défi du XXIe siècle: le smartphone

L’arrivée du smartphone est aussi accompagnée de nouvelles conventions de savoir-vivre. Qui n’a pas déjà vécu l’expérience d’être ignoré par un ami décrochant son téléphone? Ou commençant à pianoter durant une conversation? C’est désagréable car on se sent moins important que la personne au bout du fil.

«Durant un repas, laisser son téléphone sur la table, c’est malpoli. On le met sous silencieux et on ne le décroche pas – sauf urgence», préconise Emilie de Clercq. Une règle que les gens de tous âges ont parfois de la peine à adopter.

Une impolitesse comme un bonjour resté sans réponse peut nous mettre en rogne pour la journée. Pourquoi cela nous atteint-il autant? «Car c’est comme si on n’existait pas, qu’on ne nous respectait pas, que la personne niait qu’on ait le droit à de la considération», explique la spécialiste. Dans un tel cas, elle propose de ne plus tenter de saluer la personne la prochaine fois.

«Par contre, je dis même bonjour aux gens que je n’aime pas, sobrement. Pas question de les ignorer, mais on n’est pas obligés de les embrasser non plus!» Emilie de Clercq met un point d’honneur à rester polie en toutes circonstances… même face aux gens impolis. «Ainsi je n’ai rien à me reprocher.»

Comment réagir face aux indélicats

«Le but n’est pas d’éduquer les autres. Il faut trouver un juste équilibre entre laisser passer les choses, parce que ça ne vaut pas la peine d’investir son énergie, et communiquer pour améliorer une situation récurrente», propose la spécialiste des bonnes manières. Et en matière de communication, il faut faire preuve de tact, pour éviter de se fâcher avec ses voisins ou ses proches. «Par exemple, face à des enfants malpolis, c’est délicat de critiquer, même dans la famille ou avec les amis. Mais si c’est récurrent cela mérite une discussion avec les parents. Par contre, de nos jours, c’est mal vu de dire quelque chose à un enfant qui n’est pas le sien», analyse-t-elle.

Le paradoxe de la politesse, c’est qu’il est impoli de faire remarquer à quelqu’un qu’il est... malpoli justement! «Parfois, les gens sont stressés ou distraits, et ils oublient les règles de politesse. Mais quand même, la plupart du temps, cela se passe bien, les gens sont globalement polis!»


Les mots magiques

«Les bonnes manières sont l’un des plus beaux cadeaux que l’on puisse faire à son enfant», écrit Emilie de Clercq. «Cela leur permet d’être à l’aise dans tous les contextes.» Or les enfants avant 7 ans ne comprennent pas toujours l’intérêt des «mots magiques» que sont bonjour, au revoir, merci et s’il vous plaît. Pour les leur inculquer, l’astuce est de les pratiquer soi-même, et de les leur répéter au quotidien. Si l’enfant ne dit pas merci ou bonjour, il ne faut pas le gronder en public, cela l’embarrasserait, mais insister, «tu n’as pas oublié de dire quelque chose?» Ces mots de politesse, tout comme les bonnes manières à table et le fait de ne pas interrompre une conversation reposent sur des principes de savoir-vivre, comme le respect de l’autre et le sens des responsabilités, relève la spécialiste.


La politesse autour du monde

  • Pour éviter les faux pas et les mauvaises surprises, à chacun de s’informer en amont sur la culture du pays qu’il visite.
  • Les Anglais font religieusement la queue, que cela soit au fast-food ou pour attendre les transports publics. Dépasser quelqu’un est très mal vu.
  • Au Japon, il est malpoli de se moucher en public. Mieux vaut renifler. Et on enlève ses chaussures avant d’entrer dans une maison.
  • En Russie, on ne sourit que si on a une bonne raison. Etre trop souriant est jugé hypocrite.
  • Aux Etats-Unis, les gens ne se font pas la bise mais une accolade, le «hug».
  • En Chine, à la fin d’un repas, on rote doucement pour signifier que l’on a apprécié.