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Fous de guggen

C'est parti pour la ronde des carnavals! Comme plusieurs centaines d’autres guggens du pays, les Dek’Onex sont prêts.

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Valentin Flauraud
18 février 2019

«Bienvenue, on est Genevois, faut faire avec.» Le ton est donné. Quand on préside une guggenmusik baptisée les Dek’Onex, on plaisante d’emblée! Comme chaque mercredi soir, Serge Bugnon (53 ans), qui joue de l’euphonium (un cuivre), est au rendez-vous dans les sous-sols de l’école des Tattes d’Onex.

 Serge Bugnon, président

Même si cette ville ne compte plus de carnaval depuis 2005, la formation musicale créée il y a vingt-six ans se porte plus que bien. «C’est actuellement celle que je préfère en Suisse romande», affirme Frédéric Monney (37 ans), responsable des guggenmusiks aux Brandons de Moudon, manifestation qui mise sur une musique de qualité. Les Dek’Onex s’y produiront entre le 21 et le 24 mars avec douze autres formations de Suisse romande, de Suisse alémanique et d’Allemagne. Parmi ses autres rendez-vous importants à venir, la guggenmusik onésienne est fière d’annoncer sa participation à la prochaine Fête des Vignerons, dans le cadre de la Journée cantonale genevoise, qui aura lieu le 19 juillet.

En attendant, les quarante musiciens, qui jouent à huit voix, se préparent à donner le meilleur d’eux-mêmes ce week-end au carnaval de Sainte-Croix. Comme toujours, ils se déplaceront en car. Et avant de monter à bord, il faudra être maquillé et costumé. Trompettiste, Jessica Bugnon est l’une des maquilleuses. «On s’inspire de plusieurs modèles, on a appris sur le tas», dit-elle, en nous montrant des photos de visages colorés collées au mur.

Leur tube «Died in Your Arms»

Agés de 18 à 66 ans, avec une parité quasi parfaite, les Deks sont étudiants, entrepreneurs, infirmières ou encore gardiens de prison. «C’est ça qui est intéressant, on réunit des gens de plein d’horizons et de personnalités différentes qui partagent le même but», s’enthousiasme Serge Bugnon.

«Quand les spectateurs veulent filmer, c’est gagné!»

Serge Bugnon, président des Dek’Onex

L’équipe interprète des tubes de Katy Perry, Robbie Williams, Adele ou encore Beyoncé. Elle laisse planer le suspense sur les nouveaux titres qu’elle proposera aux spectateurs cette saison. Plusieurs musiciens de la société sont à même d’écrire une partition afin que les Dek’Onex se lancent dans une adaptation d’un tube récent. «Ils y apportent une touche personnelle et au moment où tout se met en place, c’est juste génial», raconte Christophe Dumas (38 ans), tromboniste. «C’est super de pouvoir jouer des musiques actuelles», ajoute Bryan Waeber (28 ans), à l’euphonium. «Il y a des morceaux que je n’aime pas à la radio mais qui me plaisent comme on les joue», ajoute Gilles Chal (33 ans), batteur. Le morceau phare des Dek’Onex, celui que chacun adore jouer plus que tout – même s’il est difficile – et que le public reconnaît aux premières notes, date de 1986. C’est «Died in Your Arms» , du groupe Cutting Crew. «Quand les téléphones se lèvent parce que les gens veulent filmer, c’est gagné», relève Serge Bugnon, précisant que la guggen­musik Hopp dä Bäsä de Stans, dans le canton de Nidwald, qui n’existe plus aujourd’hui, a beaucoup inspiré sa guggen. «C’était la référence en Suisse, son niveau n’a plus jamais été atteint», renchérit Frédéric Monney.

Des premières guggens romandes nées entre copains il y a quarante ans aux structures actuelles, la progression en termes de qualité a fait un bond. La plupart des Deks connaissaient déjà la musique en rejoignant la formation, notamment les jeunes qui ont appris le solfège à l’école l’Ondine genevoise. Pour bien jouer, il faut des instruments de qualité, et donc chers: compter 5500 fr. pour un sousaphone, 1500 fr. pour une trompette. Les Dek’Onex tablent sur un budget annuel allant de 10000 à 15000 fr., montant qu’ils obtiennent grâce aux cotisations, aux cachets et au sponsoring.

Des larmes d’émotion à Lucerne

Un voyage à Lucerne a marqué tous les musiciens. Invités à se produire par une formation de cet immense et fameux carnaval l’an dernier, les Deks s’en remettent à peine. L’émotion était à son comble. «J’ai fondu en larmes plus d’une fois», témoigne Serge Bugnon. En plus d’aimer jouer, les Deks adorent écouter les autres formations. Pas un jour sans notes de guggen dans le téléphone!

Quelques sorties dans l'objectif de Catherine Bulliard, la photographe des Dek'Onex:

 Au carnaval de Lucerne.

 A Bandol, au sud de la France.

 A Bulle, en Gruyère.

Pas moins de 40% des membres des Dek’Onex ont des horaires irréguliers. Mais chacun trouve des solutions. «Quand je fais des nuits à l’hôpital, je viens répéter jusqu’à 21h30, puis je pars travailler», témoigne la tromboniste Mégane Bugnon (23 ans), infirmière et fille du président. Mais le jeu en vaut la chandelle. «On reste une bande d’amateurs, mais lorsque les astres sont alignés, on arrive à une belle dynamique. J’ai la chance d’être aux premières loges pour l’entendre», sourit le tambour- major Olivier Mischler, dit Mimische.

Une deuxième famille

Plusieurs membres des Deks ont rejoint le groupe par l’intermédiaire de leurs amis ou de leur famille. Et il y a des couples au sein de la guggen. Vincent Baillif (25 ans), batteur, a réalisé un rêve en arrivant aux Dek’Onex il y a cinq ans: «J’ai grandi avec le carnaval d’Onex. Enfant, je regardais les guggens avec de grands yeux émerveillés.» Il en parle aujourd’hui comme d’une deuxième famille. «C’est vrai, on passe de très belles soirées ensemble», ajoute Cindy Dumas (41 ans), tromboniste. «Les répétitions du mercredi soir coupent la semaine et l’ambiance est toujours là», conclut Jessica Bugnon.

Assez parlé. Les Deks trépignent d’impatience. 20h 30, il est largement l’heure de commencer la répétition. Claquement de doigts. «1, 2, 3… 1, 2, 3, 4…» Mimische bat la mesure et encourage ses musiciens. Un son vibrant s’élève et prend aux tripes. C’est ça, la fièvre de la guggenmusik. Il s’agit de la vivre de l’intérieur afin de la comprendre. Rendez-vous au carnaval!


Les styles de musique de trois grands carnavals 

Carnaval de Lucerne, du 28 février au 5 mars

Du «bruit» produit par les premières guggens à la fin des années 1940 avec des instruments dérivés de boîtes de conserve à un accent mis sur la qualité musicale au cours des années 1980 et 1990: le style a bien changé au fil du temps à Lucerne. «Aujourd’hui, la puissance et l’énergie sont au centre, et parfois aussi la cacophonie», note Peti Federer, du comité d’organisation du carnaval lucernois, où les guggens portent des costumes très inventifs. Joué et fredonné avec ferveur, le «Sempacherlied» est l’hymne de la fête.

Carnaval de Berne, du 7 au 9 mars

Jazz, funk, morceaux traditionnels de carnaval. «Nous aspirons à l’ouverture. Grâce à nos formations, petites et grandes, nous sommes fiers de proposer une large gamme de styles musicaux», indique Thomas Fritz, du comité d’organisation du carnaval de Berne. Les instruments de la famille des bois, en particulier le saxophone, sont mis en valeur dans les arrangements. Au cours de l’événement, les guggens jouent sur six scènes de la vieille ville. La Marche de Berne, hymne du canton, est traditionnellement jouée à l’issue du cortège du samedi, sur la place Fédérale, lors d’un concert géant.

Carnaval de Bâle, du 11 au 13 mars

A Bâle, seules les cliques, composées de fifres et tambours, participent à l’ouverture du carnaval. A 4h du matin, toutes jouent la marche intitulée «Morge­straich». Les guggenmusiks, masquées – le maquillage est mal perçu ici – se produisent dans la ville à partir du cortège du lundi après-midi. Le mardi soir est réservé à leurs concerts, entre musique traditionnelle, pop et jazz.