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Abricots

De la douceur avant tout

La saison des abricots bat son plein en Valais, bien que certains arbres ne portent qu’un seul fruit. Le producteur Jean Gillioz garde néanmoins son optimisme.

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Valentin Flauraud
19 juillet 2021
Jean Gillioz et son  fils Alexis (12 ans),  déjà passionné et  bien décidé d'assurer un jour la relève.

Jean Gillioz et son fils Alexis (12 ans), déjà passionné et bien décidé d'assurer un jour la relève.

Vu de loin, tout a l’air normal. Les abricotiers poussent dans de vastes champs, leurs feuilles luisent d’un vert intense sous le soleil. Pour compléter ce magnifique panorama, les montagnes du Valais se dressent en toile de fond. Mais en y regardant de plus près, il est évident que quelque chose ne va pas. En soi, les abricotiers autour du village de Riddes se développent bien. Pour les fruits, en revanche, c’est moins le cas. Cette année, l’ensemble du Valais a perdu parfois jusqu’à 80% de ses récoltes d’abricots. «C’est à cause du gel au printemps», explique Jean Gillioz (49 ans).

Un seul fruit

Ce dernier exploite 24 hectares de terres, dont 6 hectares sont des vergers d’abricots. Jean Gillioz nous montre un arbre majestueux qui illustre parfaitement la situation. Au bout de l’une de ses branches, un seul et unique abricot mûr. Et ce n’est pas parce que tous les autres ont déjà été récoltés. Non, c’est le seul abricot de l’arbre. Jean Gillioz le cueille et le déguste sans attendre. «C’est un régal!» Mais un seul abricot par arbre ne permet évidemment pas de nourrir toute une famille.

Heureusement, le cultivateur a dans d’autres champs des arbres qui portent davantage de fruits. Originaires de Roumanie, du Portugal et de Pologne, les saisonniers chargés de les cueillir les posent dans des caisses vertes pouvant contenir jusqu’à 15 kilos d’abricots chacune. Ils les remplissent les unes après les autres de ces beaux fruits duveteux au bon goût sucré.

La relève est assurée

Le plus jeune membre de la famille Gillioz est également de la partie: ce sont les vacances scolaires et Alexis (12 ans) adore passer son temps au milieu des abricotiers. Il fait «la meilleure confiture d’abricots qui soit», nous confie son père. Alexis souhaite un jour reprendre l’exploitation. Pour lui aussi, c’est le travail de ses rêves. Il pérennise ainsi la tradition héritée de Michel Gillioz, son grand-père, qui a commencé à cultiver des abricots il y a plus de 60 ans et qui, du haut de ses 84 ans, est toujours fidèle au poste dans les champs. Aujourd’hui, il doit cependant écourter sa visite: «Un rendez-vous chez le médecin!» Rien de grave, «juste un contrôle.»

Mais pour quelle raison certains arbres portent-ils des abricots et d’autres non? Michel Gillioz explique le phénomène: «Nous cultivons différentes variétés. Les arbres qui ont des fruits sont autofertiles.» Comme la plupart des abricotiers. Mais d’autres ont besoin des bourdons et des abeilles pour pouvoir porter des fruits. «Cette année, les abeilles ne sont pas sorties pendant qu’il faisait froid. En plus, certaines fleurs ont gelé», poursuit Michel Gillioz.

«Nous avions installé des bougies antigel. Mais le vent les éteignait sans arrêt», raconte Alexis. «Il ne faut pas oublier que nos champs se trouvent à 500 mètres d’altitude, sur des hauteurs qui ont été modelées par le Rhône», souligne Michel Gillioz. «Les couches d’air les plus froides se concentrent plus bas. Là-haut, les arbres sont mieux protégés.» La famille peut donc tout de même récolter une quarantaine de tonnes. «En temps normal, nous atteignons les 120 tonnes.» Cette année, la récolte d’abricots se limite à 1300 tonnes dans tout le canton, alors que la moyenne se situe généralement aux alentours des 8000 tonnes.

C’est une lourde perte, mais la famille Gillioz gère son exploitation avec prudence. Elle a pris en compte le manque à gagner. «Notre situation n’est finalement pas si mauvaise, mais je serai content de m’en sortir sans dettes cette fois-ci», avoue Jean Gillioz. Et d’ajouter: «99% des abricots suisses proviennent du Valais. Si le printemps prochain est à nouveau aussi froid, ça risque d’être compliqué. Je reste toutefois optimiste.»

Cette année, les abricots suisses se font donc plus rares sur le marché. Et le transport des fruits n’est pas non plus sans poser quelques difficultés logistiques: «Ils sont très sensibles à la pression. Pour qu’ils gardent leur belle teinte orangée jusque dans les rayons des magasins, ils doivent être manipulés avec les plus grandes précautions.»

C’est un fait, les abricots ont vraiment besoin de beaucoup de douceur. «C’est pourquoi nous devons d’autant plus apprécier et savourer ceux que nous possédons», conclut le cultivateur, en souriant.

 


La confiture d'Alexis 

Temps de préparation: 1 h
Temps total: 2 h

Ingrédients

  • 1 kg d’abricots lavés, dénoyautés et coupés en deux
  • 800 g de sucre
  • le jus d’un demi-citron
  • 6 à 7 bocaux ou pots avec couvercle à visser d’une contenance de 220 g Bien laver les bocaux, les couvercles et les joints en caoutchouc. Les préchauffer à l’eau chaude.

Préparation

Dans une grande casserole, mélanger le sucre, les abricots et le jus de citron, puis laisser reposer une heure. Faire bouillir 35 à 40 min. Retirer du feu. Sortir les fruits, les laisser refroidir et les réduire en purée.

Faire bouillir 10 min supplémentaires le jus sans les fruits. Remettre les fruits dans la casserole et refaire bouillir encore 10 min.

Verser la confiture brûlante dans les bocaux, puis les poser à l’envers, sur le couvercle, jusqu’à refroidissement du contenu. Le but est qu’un vide d’air se forme. Si ce n’est pas le cas, il faut refaire bouillir la confiture, puis remplir à nouveau les bocaux.