«Je veux être meilleur que moi-même» | Coopération
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INTERVIEW
SOPRANO

«Je veux être meilleur que moi-même»

Soprano, c’est l’idole du jeune public. Le chanteur rappeur nous parle de son nouvel album, de son concert, le 4 juin 2022, au stade lausannois de la Pontaise, de ses enfants et de sa (belle) philosophie de vie.

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Darrin Vanselow | Cédric Passinay
26 octobre 2021

Lors de sa récente venue en Suisse, toute une équipe l’accompagnait, sa maison de disques avait déployé de grands moyens pour promouvoir son album et son concert, pourtant le Marseillais de 42 ans ne montrait aucune trace de prétention: simple, habillé comme un adolescent, humble, gentil, tutoyant tout le monde, à l’écoute. Interviewer Soprano, c’est un peu comme parler à un ami bienveillant. On en oublierait presque qu’il est un des artistes français qui a le plus de succès depuis quelques années grâce à sa musique efficace, mélange de rap et de variété. Dans son dernier album, «Chasseur d’étoiles», qui vient de sortir, il invite à atteindre le ciel et les rêves. Lui l’a déjà fait, mais il veut, comme toujours, envoyer des messages positifs et inspirants au public.

Peut-on vraiment chasser les étoiles dans le monde actuel?

J’ai écrit cet album pendant la période Covid. Je me suis dit que si on abandonne, il n’y a plus d’espoir. Il faut continuer à rêver, encore plus maintenant.

Rappeur, compositeur et acteur, Soprano (Saïd M'Roumbaba) est né à Marseille en 1979, dans une famille comorienne. «Chasseur d'étoiles» est son 7e album.

Votre album de 2016 s’appelait «L’Everest». Vous visez encore plus haut aujourd’hui!

Je continue à avancer, car la vie avance. Si on stagne, on recule. Il faut avoir des challenges, se renouveler, ne pas s’arrêter. S’arrêter, ce n’est pas bon pour le mental. Aller dans les étoiles, continuer à avancer, c’est un peu mon message depuis le début de ma carrière.

Il y a aussi de l’ambition dans ce titre.

Oui, je pense qu’il faut en avoir, c’est un carburant. Je disais il n’y a pas longtemps dans une interview que je ne veux pas être meilleur que les autres artistes, mais meilleur que moi-même. Pour ça, il faut être ambitieux. Ça veut dire que je dois m’améliorer, car je ne suis pas parfait, je fais des erreurs.

Vous invitez les gens à suivre leurs rêves, mais c’est parfois difficile, surtout pour les jeunes.

Peut-être parce qu’on ne leur donne pas la chance ou l’opportunité de croire en leurs rêves. Ma chanson «Forrest» est un clin d’œil au film «Forrest Gump». Ce personnage était un peu différent, et pourtant il a fait plein de choses: il a couru, a été militaire, etc. parce qu’il a cru en lui et accepté qui il était. C’est important de dire aux jeunes que s’ils acceptent qui ils sont, ils font un grand pas vers le bonheur.

Dans la chanson «Mon silence», vous vous demandez quel est votre rôle sur Terre. Avez-vous trouvé la réponse?

Il faut s’accepter et, surtout, comme le dit Michael Jackson dans «Man In The Mirror», si tu veux changer le monde, tu dois changer celui que tu vois dans le miroir. Si chacun change, un jour on améliorera le monde.

Que faites-vous personnellement?

Je fais des efforts pour rectifier mes défauts et être exemplaire. Je veux montrer aux jeunes des cités que même si je viens d’une famille nombreuse et des HLM, avec tous les clichés et galères qui y sont attachés, je joue dans des stades. C’est ce que j’ai trouvé pour moi pour essayer de changer les choses. Mais est-ce que c’est vraiment ça? On se cherche toujours.

Ces bons messages, c’est pour être une sorte de guide pour les jeunes?

Comme mes enfants écoutent mes chansons, je fais attention à ce que je dis. Je n’essaie pas vraiment d’être un guide, mais de me trouver des solutions, d’avoir une réflexion par rapport à moi-même, de rester positif. Je fais de la musique pour moi. «Forrest», par exemple, c’est pour moi, mais des homosexuels ou des enfants autistes peuvent se sentir concernés.

Mais vous ne voulez pas être un chanteur engagé?

Mon engagement est dans ma fondation qui aide les hôpitaux et les écoles aux Comores. L’engagement, c’est les actes. Peut-être que je fais des chansons conscientes, comme «Racine»: c’est mes peurs par rapport à l’avenir de mes enfants, le racisme qu’ils subiront peut-être. J’essaie de ne pas généraliser parce que le racisme a beaucoup reculé, on ne le dit pas assez.

«Chasseur d’étoiles» est truffé de références aux années 1980. Parce que vous êtes un peu nostalgique?

Quand tu as la quarantaine, tu es nostalgique. Mais dans cet album, c’est de la nostalgie un peu réfléchie. Depuis quelques années, je vois que les jeunes portent les mêmes vêtements que moi quand j’étais petit. Quand tu regardes les séries «Stranger Things» ou «Les Gardiens de la galaxie», tu te croirais dans les années 80. Et la musique de The Weeknd ressemble à celle de cette époque.

Avec votre succès, vous arrivez tout de même à garder les pieds sur terre?

Je suis très attaché aux valeurs que mes parents m’ont inculquées, elles m’aident beaucoup. Je suis bien entouré, c’est très important. Et à Marseille, si quelqu’un a la grosse tête, on le recadre direct.

Fan de foot, vous devez réaliser un rêve avec votre tournée des stades. Vous allez jouer à la Pontaise, à Lausanne, en juin 2022!

Oui! Mais je n’aurais jamais pensé faire un stade en Suisse. L’organisateur me l’a proposé, il m’a raconté l’histoire de la Pontaise. Ça m’a mis les frissons de savoir que Michael Jackson, Tina Turner et U2 s’y étaient produits. Il m’a aussi dit que le stade avait été fermé pendant des années et qu’il voulait que je sois le premier artiste à y rejouer. Ça m’a tellement touché que j’ai dit oui.

Il embrase la scène et attire des milliers de personnes: Soprano (ici à Nancy).

Le titre «Bébé Love» parle de vos enfants. Ils aiment votre musique?

Les premières personnes qui écoutent mes chansons, après l’ingénieur du son, et parfois avant lui, ce sont mes enfants. Ils sont tout le temps avec moi. Ils l’ont été encore plus durant le confinement, car mon studio d’enregistrement est chez moi. A leurs réactions à mes chansons, je voyais si elles étaient bien ou pas.

Est-ce que vos enfants veulent suivre vos traces?

La grande aime la musique, mais elle ne veut pas en faire son métier. Mon fils aime mes chansons, mais la musique en général n’est pas son truc. La petite peut-être, mais un jour elle veut chanter, d’autres fois faire du théâtre, du tennis, du foot. Mais je crois qu’elle aime bien le théâtre.

Comment avez-vous vécu le confinement et le Covid-19?

Professionnellement, c’était tranquille, même si je travaillais sur l’album et que je parlais travail au téléphone. Personnellement, il y a eu le décès de mon père, mais cette pandémie m’a recentré et ramené à l’essentiel parce que j’étais avec ma famille et avec moi-même tous les jours. Je n’étais pas pressé. J’ai lu, j’ai regardé la nature; des trucs qu’on ne fait pas habituellement.

Dans dix ans, comment vous voyez-vous?

J’espère que je serai encore sur scène. Charles Aznavour est décédé juste après avoir fait un concert. Il avait plus de 90 ans, il vivait encore sa passion. J’aimerais finir comme ça, parce que les moments où je suis heureux, c’est quand je suis en concert.

Ressentez-vous de la pression avant un nouvel album, avez-vous peur de décevoir vos fans?

Je ne me suis jamais demandé si ce que je faisais allait plaire. Si tu le fais, tu restes enfermé dans la nostalgie de certains fans qui veulent que tu fasses toute ta vie le morceau qui a accompagné leurs douleurs ou leur jeunesse. Et tu n’évolues pas. Ce n’est plus ce que tu es, mais ce que tu étais. C’est toi qui dois imposer le rythme et un univers. Je grandis, j’évolue, ma vie change, ma musique colle à ce que je vis actuellement.
 
Lors de notre première interview, en 2017, vous m’aviez dit que vous aviez peur que votre succès ne dure pas. Vous aviez tort!

Je pense que le succès est encore là parce que je suis honnête dans ce que je fais, dans ce que j’écris, tout en étant efficace dans mes morceaux. Quand j’ai fini «Dingue», j’étais conscient que cette chanson allait être super à la radio et en concert. Si les gens aiment ma musique, je suis content, si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave. Peut-être qu’ils aimeront une autre chanson de moi demain.
 
Aujourd’hui, vous considérez-vous comme un rappeur ou un chanteur?

Les deux, car j’essaie de ne pas me mettre de barrière. Avant, c’était parfois l’un, parfois l’autre, mais maintenant j’assume plus de dire que je suis un artiste. J’aimerais bien qu’on m’appelle un artiste.
 
Vous êtes fan des années 80, mais quels films et musiques récents appréciez-vous?

J’aime Coldplay, Orelsan, Dadju, Gims, Drake et plein d’autres. Je regarde beaucoup de séries: «Les Soprano» (je n’ai pas fait exprès!), «The Wire », «Stranger Things», «La Casa de Papel». Et je suis très mangas en ce moment.
 
Comment avez-vous vécu votre rôle de coach dans l’émission «The Voice»?

Je me suis régalé, dans les versions adultes et enfants. Je fais une pause dans «The Voice Kids» parce que je travaille sur mon album et ma tournée. Si je fais l’émission, il faut que je sois concentré, que je donne tout. Mais si on m’appelle pour la prochaine édition, je serai là.
 
Vous apprenez des choses sur votre métier dans «The Voice»? Des candidats vous inspirent?

Je crois que cette émission est l’endroit où tu es le plus inspiré. Tu ne parles qu’avec des artistes et tu ne parles que de musique. Des artistes avec parfois des styles totalement différents. Et si je donne des conseils, je dois moi aussi les appliquer.