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Acrobates des vagues

Bientôt sport olympique, le kitesurf compte de nombreux adeptes en Suisse, notamment sur le lac de Neuchâtel. On prend le vent à Estavayer.

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david marchon
26 octobre 2021

Un ballet poétique s'organise sur le lac. Des riders filent entre les vagues, tractés par le vent grâce à de drôles de cerfs- volants. De temps en temps, l'un des sportifs semble s’envoler! Le voilà qui fait une figure en l'air, avant de retrouver sa position initiale sur sa planche.

Le kitesurf est un sport lacustre spectaculaire, pratiqué sur les lacs suisses les jours de vent. Pour en savoir plus, nous nous rendons à Estavayer-le-Lac (FR), où un ancien champion suisse donne des cours depuis 25 ans. Olivier Caillet, bronzé et enjoué, est plein d'enthousiasme pour partager sa passion pour ce sport, qui entrera aux Jeux olympiques dès 2024 comme nouvelle discipline.

Ancien champion suisse de kitesurf, Olivier Caillet est un as! Grâce à sa voile, il enchaîne les figures au-dessus du lac de Neuchâtel. Ses préférées? Les «board off».

Un rêve, voler

Lorsqu’il découvre le kitesurf, Olivier Caillet est instructeur de planche à voile. Tout ce qui a trait aux sports lacustres et aux bateaux, c’est son univers! Lors d’une saison en Grèce, il essaie ce nouveau sport encore méconnu et devient accro. «Le kite, c’est la liberté, c’est pouvoir voler sur le lac! Mais cela exige aussi beaucoup de discipline», explique le natif de Payerne. Il se lance alors dans la compétition et décroche un titre de champion suisse.

«Le kite, c’est la liberté, c’est pouvoir voler sur le lac! Mais cela exige aussi beaucoup de discipline»

Olivier Caillet (48 ans) kitesurfeur et formateur

Dans la foulée, il crée son école AirOne, basée à Estavayer, pour pouvoir davantage rider à l’étranger, en accompagnant des stages. Au fil des ans, il fait découvrir la discipline à de nombreux curieux. «Aucune prédisposition au surf n’est nécessaire, tout le monde peut y arriver. Il faut juste savoir nager.» Son plus jeune élève, son fils, a commencé à 8 ans, et il a le plaisir d’avoir accompagné une rideuse qui a osé se lancer dans les vagues à 75 ans.

Olivier Caillet profite du lac de Neuchâtel autant que possible entre amis. Or tout dépend du bon vouloir… du vent. Sans souffle d’air pour gonfler la voile, le kitesurfeur reste bredouille sur la rive. Mais la Suisse n’est pas Beauduc, ce spot prisé en Camargue qui compte 300 jours navigables par an. A Estavayer, il faut guetter trois vents: la bise, le vent du sud-ouest et le joran.

Le sportif reconnaît qu’il y a un avantage à pratiquer le kitesurf sur un lac suisse: l’eau douce! «Lors de chutes, ça ne pique pas les yeux et si on boit la tasse, ça passe plus facilement!»

Avant de pouvoir décoller sa voile de kitesurf, Olivier Caillet prépare son matériel avec attention à Estavayer.

Un kitesurfeur frileux

A force de rider à Hawaii ou en Grèce, il est aussi devenu frileux. «Certains fous furieux font du kite toute l’année sur le lac de Neuchâtel, même par 4 degrés. Moi j’aime quand elle est au-dessus de 18, je pratique de mai à fin octobre.»

Combien d’adeptes sont-ils au juste en Suisse? Thierry Langenberger, président de l’Association Romande de Kitesurf, recense 1300 membres inscrits à son association, mais estime à largement plus de 5000 les kitesurfeurs de Suisse. «Je pense quand même que leur population se stabilise.» Beaucoup d’amateurs de sports lacustres se tournent à présent vers le wing foil, une nouvelle discipline qui a beaucoup de succès. «C’est plus simple à mettre en œuvre, car on y est tracté par une voile gonflée triangulaire, directement tenue au bras.»

Pour lui, le kitesurf reste un sport à part, qui a encore parfois de la peine à se faire accepter selon les communes. Outre la cohabitation avec les baigneurs, il y a la question du dérangement de la faune, comme avec le paddle. Les zones protégées sont bien définies. «On ne pratique pas n’importe où, chaque sportif doit s’informer de la législation locale», insiste l’ancien champion Olivier Caillet.

Il nous fait la démo de déployer son kite. Ce dernier ressemble à une voile de parapente, mais qu’il faut gonfler. Avec ses 7 m2, elle est bien plus grande que ce qu’on imagine en voyant les riders de loin sur le lac! Ensuite, il y a 24 mètres de lignes à dérouler, avant de les accrocher à un harnais à sa ceinture. Il lui faut donc de l’espace au sol!

Il est également possible de démarrer à partir d’un bateau, mais c’est plus compliqué. Sa planche du jour est une twin tip, idéale pour débuter. Il existe différentes planches. Les adeptes de vitesse se tournent vers celles de type foil, en vogue, qui sont maintenues au-dessus de l’eau pour éviter les frottements. Mis bout à bout, l’équipement de kitesurf représente un budget dépassant vite les 4000 fr.

Du matériel plus sûr

A ses débuts, le kitesurf avait mauvaise réputation. Les premiers équipements ont entraîné des accidents. Or l’évolution du matériel le rend sûr et abordable aujourd’hui, d’après Olivier Caillet, grâce à une meilleure répartition de la prise au vent et à un système de sécurité permettant de tout stopper en un geste.

Les deux aficionados recommandent néanmoins de suivre un stage avant de commencer ce sport. «Je déconseille fortement de démarrer tout seul, car le kite, c’est un engin de mort si on n’apprend pas les précautions de base. Mais si on les respecte scrupuleusement, il n’y a pas de problème», rassure-t-il. En plus d’Airone.ch, différentes écoles sont listées sur le site de l’Association Romande de Kitesurf (www.kitesurf.ch).

Stage d’introduction

Pour les curieux, une initiation d’une demi-journée suffit pour savoir si on accroche, selon Olivier Caillet. Par contre, on ne se jette pas tout de suite à l’eau! Tout commence en effet avec de la théorie à terre pour apprendre à préparer le matériel, comprendre les dangers, ainsi que le fonctionnement de la fenêtre de vol du kite, soit l’espace où il évolue.

Ensuite, les pieds dans l’eau, le néophyte pilote la voile, apprend à tourner à droite et à gauche. Ainsi qu’à la redécoller si elle plonge.

Ce n’est qu’après cette introduction de plusieurs heures que l’amateur mettra enfin le pied sur la planche et apprendra à tirer ses premiers bords. En notant qu’avec le vent, c’est toujours plus facile dans un sens que dans l’autre…

 


Quelques spots de kitesurf en Suisse romande

  • Estavayer (lac de Neuchâtel)
  • Saint-Blaise (lac de Neuchâtel)
  • La Neuveville (lac de Bienne)
  • Le Vengeron (lac Léman)
  • Préverenges (lac Léman)

 


La Météo idéale

Un vent stable, sans rafales, compris entre 10 et 20 nœuds (env. 19 à 37 km/h), voire 30 nœuds (56 km/h) pour les kitesurfeurs confirmés. Avec une combinaison protégeant du froid, ce sport peut être pratiqué toute l’année par les passionnés.