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C'est l'heure de la récré!

Une récréation au grand air permet de se défouler et de revenir en classe mieux concentré. A l’école primaire, on veille aujourd’hui à mettre à disposition des jeux pour une meilleure mixité et à éviter l’exclusion. Reportage à Sion et souvenirs de personnalités.

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valentin flauraud, David Desreumaux, RTS/Philippe Christin, Keystone, Stemutz, DR
26 octobre 2021
Direction la cour de récréation pour  ces élèves sédunois.  La pause du matin dure vingt minutes.

Direction la cour de récréation pour ces élèves sédunois. La pause du matin dure vingt minutes.

Trois notes se succèdent: ça y est, l’attendue sonnerie de 9 h 40 a retenti. Nous sommes au premier étage de l’école primaire de Platta, à Sion. Les 17 élèves de la classe 5H et leur enseignante Bénédicte Aymon (30 ans) ont le sourire: c’est l’heure de la récré et ils adorent ce moment. Les enfants, qui ont entre 7 et 9 ans, sortent poires, pommes et autres biscottes de leurs sacs d’école, troquent leurs pantoufles contre des baskets et se mettent en colonne par deux. C’est la condition pour sortir. Noémie et Zayd sont les chefs de rang de la semaine. Leur mission: se placer en tête de file, faire régner le calme, ouvrir et fermer la porte, allumer et éteindre les lumières. Jusqu’aux escaliers tout va bien. Ensuite, l’appel du grand air est le plus fort: chacun se rue dehors!

Le soleil brille. Ce vendredi matin, l’«Agorespace» attend les élèves de 5H. Il s’agit d’un terrain multisports installé au fond de la cour de récréation. Il est chaque jour réservé à une classe en particulier. Les 118 élèves du centre scolaire de Platta s’y défoulent ainsi une fois par semaine. Aujourd’hui, suite à des disputes au sein d’un groupe de garçons, il n’y a pas de football au programme, ces derniers en sont privés. Le foot continue d’être en majorité une affaire masculine dans les préaux. Ce sport prendrait-il trop de place? Experte romande en études genre, Alessandra Cencin intervient auprès d’élèves de primaire lors d’ateliers intitulés «Les territoires à la loupe». Elle assure en tout cas que les questions de l’occupation de la cour de récréation sont problématiques aux yeux des enfants.

Samuel, Bosco, Margot et tous leurs camarades profitent des nombreux jeux autorisés par temps sec durant la récré, à l'école de Platta.

En concertation avec les enfants

On vise désormais une meilleure mixité lors la réfection d’une cour d’école. Ça a été le cas avec succès à l’école genevoise du 31-Décembre, en concertation avec les élèves. Des jeux de cirque ont notamment été introduits et adoptés par les représentants des deux sexes. La Ville d’Yverdon-les-Bains évolue pour sa part avec le projet «Cours d’école de qualité – espaces publics vivants», qui fait également participer les élèves. L’un des objectifs: créer des espaces «pour ne pas enfermer les enfants dans leur genre social», selon les termes de l’urbaniste et cheffe de projet Julie Riedo.

Multiplier les activités

A Platta, la collation à peine avalée, une partie de balle américaine vient d’être lancée. Qui tient le ballon entre les mains doit toucher un autre joueur, en trois pas maximum. Les filles participent autant que les garçons. C’est aussi le cas lors de jeux collectifs sans ballon, en cercle, comme «le cowboy», un jeu de réflexe. Ainsi qu’avec les accessoires mis à la disposition de tous dans la cour. Cordes à sauter, raquettes de badminton, cerceaux, élastiques, échasses… Les enseignants de l’école s’organisent pour fournir du matériel. Par temps sec, les écoliers peuvent se servir. Et c’est ce qu’ils font, multipliant les activités, seuls ou à plusieurs. «On n’avait pas de jeux quand j’étais écolière, mais on pouvait amener un ballon. Peut-être étions-nous plus créatifs, dit Bénédicte Aymon. En tout cas, on ne s’ennuyait pas à la récré, alors que ça arrive parfois aujourd’hui.»

A part de petits conflits, réguliers mais facilement réglés, la récréation se déroule très bien à Platta. Il faut dire que les règles y sont claires. Les enfants doivent en effet respecter les limites de la cour, ne lancer aucun objet en l’air et prendre soin de la nature. Sinon, après un avertissement, ils restent assis à côté des enseignants. Bénédicte Aymon a le regard dans toutes les directions lorsqu’elle surveille la récré. Elle n’intervient qu’en cas de problème. Si quelqu’un n’est pas accepté dans un jeu, elle rappelle que «tout le monde peut jouer à tout». Consciente que le mobbing (harcèlement psychologique) est un phénomène qui existe dans le préau (lire l’interview ci-dessous), l’enseignante reste très attentive à l’exclusion. Deux à trois adultes surveillent chaque jour les récréations du matin et de l’après-midi.

Noëmie, Gaspard et Ariane ont bien rigolé au moment de la séance photo, autour d'une pomme, fruit très apprécié lors de la pause.

Une collation oui, mais saine

Une école primaire sur trois en Suisse bénéficie de l’offre «fit4future», dont Coop est partenaire. Elle comprend notamment la mise à disposition de boîtes à jouets. Objectifs, depuis 2004: amener les enfants à bouger et les sensibiliser à l’importance d’une alimentation équilibrée. «Une collation est utile uniquement si l’enfant ressent la sensation de faim, elle n’est donc pas forcément nécessaire. Elle est composée de préférence de fruits, légumes, produits laitiers nature ou féculents nature», nous indiquent France Gurba et Elisabeth Guadagnolo, diététiciennes au Service de santé de l'enfance et de la jeunesse de Genève. A titre de bons exemples de récré, les spécialistes évoquent une pomme coupée en quartiers, des bâtonnets de carotte avec un morceau de fromage, du pain avec du cottage cheese ou un petit sandwich tomate-mozzarella.

Eduquer plutôt qu’interdire. Les élèves sont sensibilisés à l’importance de l’alimentation équilibrée dans tous les cantons à travers le plan d’études romand. D’autres initiatives s’y ajoutent, comme celle de la fondation sédunoise Senso5, dont la démarche vise à «développer une éducation au monde alimentaire non stigmatisante basée sur les 5 sens et le plaisir alimentaire». 

La récréation est terminée. Les écoliers se mettent en rang avant de rentrer en classe avec leur enseignante Bénédicte Aymon.

En Valais, dans le cadre de l’éducation nutritionnelle, le Service de l’enseignement travaille avec le Service de l’agriculture. «Depuis des années, des distributeurs de pommes sont à la disposition des élèves dans presque tous les établissements. Depuis cette année, une action d’envergure est menée dans tous les degrés avec l’Interprofession des fruits et légumes du Valais afin d’offrir une gamme plus large de produits frais, sains et régionaux à des prix très attractifs», précise Michel Beytrison, adjoint du chef du Service de l’enseignement.

En guise de boisson, l’eau ou les infusions non sucrées sont recommandées. A Platta, il suffit de boire à la fontaine à eau située dans la cour. 

Les vingt minutes de pause des petits Valaisans se sont déjà écoulées. La sonnerie se fait entendre. Il s’agit maintenant de se remettre en rang et de rentrer en classe. Les enfants se sont défoulés et leur concentration s’en ressent ensuite, selon leur institutrice. Ils se dirigent vers le cours de musique… en silence s’il vous plaît! S’ils pouvaient créer la cour de récré de leurs rêves, Lucie, Tristan, Luz, Damien, Nikole, Elias et leurs camarades y mettraient une cabane, un trampoline, un mur de grimpe, des chats, des chevaux, une piscine, des toboggans géants, un jacuzzi et… une patinoire.

PHANEE DE POOL

32 ans, chanteuse

«Je ne vivais que pour la récré car je détestais l’école. C’était à Bévilard, dans le Jura bernois. On jouait au chico et à la mouche: un jeu de chat perché et l’autre de ballon. Une boulangère venait et je lui achetais un petit pain au lait et un croissant avec la mitraille que me donnait mon grand-papa.»
 

Les prochains concerts de Phanee de Pool: le 21 octobre au Théâtre Grand-Champ de Gland et le 6 novembre à l'Auditorium Stravinski de Montreux - suivez les actualités de l'artiste ici!

 

JEAN-MARC RICHARD

61 ans, animateur

«Dans la cour de récré, à Lausanne, on jouait à garder l’équilibre sur un muret. On essayait face à face de se déséquilibrer. J’ai appris que la force ne servait à rien, qu’il valait mieux observer celle ou celui qui était en face. Garder l’équilibre a toujours été difficile pour moi et ce fut un bel apprentissage je crois aussi pour la vie.»

Le Kiosque à musiques souffle 50 bougies! Pour les passionnés de musiques populaires, assistez gratuitement aux concerts suivants dès 11 heures. Ils seront diffusés en direct sur La Première. Jean-Marc Richard et son équipe auront le plaisir de vous recevoir pour vivre ce moment de radio avec vous. Inscriptions ici

30.10 > Rosey Concert Hall de Rolle (VD)   
13.11 > Cort’Agora de Cortaillod (NE)                      
11.12 > Théâtre du Jura à Delémont (JU)
18.12 > Salle communale de Carouge (GE)

 

JOHAN DJOUROU

34 ans, ex-joueur international

«J’étais à l’école de la Roseraie, à Genève. La récré, j’adorais, parce qu’on avait le droit de jouer au foot avec les amis de la classe. C’était aussi l’occasion de rivaliser avec des plus grands de l’école! On jouait sur du béton, j’étais souvent au but. Je ne me souviens pas avoir pris de collation pendant la pause, seulement joué!»
 

 

NATHALIE DEVANTAY

48 ans, humoriste

«La récré, c’était au Mont-sur-Lausanne. Et c’était synonyme de jeux! La courate anglaise (!), le mouchoir, Grand-Mère aimes-tu, mais surtout… à chaque fois de longues parties de saut à l’élastique. On ne s’en lassait jamais. Depuis mollet jusqu’à ciel. Même si je n’ai jamais réussi à dépasser le niveau tête…»

Nathalie Devantay jouera dans la Revue Vaudoise de Cuche & Barbezat, du 28 octobre au 28 décembre au Casino Barrière de Montreux. Les actualités de la comédienne ici!

 

Interview

«Il faut des règles claires»

Sadegh Nashat

50 ans, Directeur du Service de psychologie scolaire de Genève

La cour de récréation, un espace de liberté ou de contrainte?

Je dirais qu’elle devrait être un espace de respect. Il s’agit d’y suivre des règles, tout en gardant ses libertés.

Et ce sont les règles qui conduisent au respect?

Oui. On vit dans des sociétés qui fonctionnent avec des règles. Plus l’apprentissage se fait tôt, mieux c’est. Les études montrent que les écoles dans lesquelles les règles de vie sont claires sont les plus sereines. C’est valable pour les enfants, les parents, les enseignants et la direction. Le harcèlement est moindre dans les établissements où les règles sont claires.

Le harcèlement existe-t-il dans les cours de récré à l’école primaire?

Malheureusement oui, notamment discriminatoire, sur la couleur de peau ou l’origine d’un enfant. Des études ont été menées dans les écoles et le harcèlement est plus verbal chez les filles et physique chez les garçons. Les harceleurs, individuellement ou en groupe, en se relayant, savent agir quand les enseignants ne les voient pas. L’autre phénomène qu’on observe apparaître au primaire, c’est le cyberharcèlement.

A partir de quand parle-t-on de harcèlement?

On considère qu’il y a harcèlement lorsqu’une action est répétée dans le temps. Et que celle-ci a des conséquences physiques ou psychologiques sur l’enfant qui en est victime.

Comment y remédier?

En amont: il existe des programmes qui concernent tout le fonctionnement de l’école. Encore une fois cela passe par l’établissement de règles claires sur ce que l’on peut dire ou non, faire ou pas. Ainsi que par la mise en place de cercles de discussion durant lesquels les enfants partagent leur quotidien. Ce n’est peut-être pas l’enfant harcelé qui va s’exprimer, mais l’un de ses amis.

Et s’il y a eu harcèlement?

Des programmes dits réparateurs réunissent enfants et parents. Ils impliquent autant les enfants que les parents et l’école. Ce sont des approches très efficaces.