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La musique sans fausses notes

Vous avez toujours rêvé de jouer d’un instrument? Le confinement est la période idéale pour s'y consacrer. Les méthodes pleuvent sur Internet. Et si lire une partition n’était plus un obstacle?

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Valentin Flauraud
20 avril 2020
Grégory Widmer se passionne pour la logique mathématique qui se cache derrière un morceau de musique.

Grégory Widmer se passionne pour la logique mathématique qui se cache derrière un morceau de musique.

Oui. Si vous en doutiez encore, le confinement est le moment parfait pour ressortir sa guitare, son ukulélé ou son piano électrique. Selon l’enquête de l’Office fédéral de la statistique (OFS) sur les pratiques culturelles, 51% des personnes regretteraient de ne pas avoir assez de temps à consacrer à une activité culturelle. Aujourd’hui, la donne a changé. «Pour ceux qui ont davantage de temps à disposition et qui ont l’envie non assouvie par manque de temps dans la vie habituelle, c’est l’occasion!», explique Clotilde Moeglin, psychologue FSP et musicothérapeute ASMT à Genève.

«A la différence de la méditation et du yoga, la musique est réceptive et active»

Clotilde Moeglin, psychologue FSP

Car la musique adoucit les mœurs. Elle permet de sortir un instant du stress causé par la situation actuelle et de s’évader. «Jouer d’un instrument demande de la concentration. Le focus attentionnel est donc sur l’activité, dans le moment présent, il y a moins d’espace pour les autres pensées, poursuit la spécialiste. De plus, jouer de la musique est reconnu comme ayant un impact sur l’augmentation de l’estime de soi et de la motivation, ainsi que sur la diminution du sentiment d’impuissance, d’incapacité et de solitude.»

Et la musique vaut bien d’autres méthodes de relaxation. «A la différence du yoga et de la méditation, elle a le bénéfice d’être réceptive (écouter) et active (jouer d’un instrument, chanter), argumente Clotilde Moeglin. Elle peut également être douce et relaxante ou dynamique et endiablée. Ou encore intériorisée (se vivre de l’intérieur) et extériorisée (jouer, danser). En bref, la musique est un outil à multiples facettes, qui s’adapte à toutes situations.»

Partir d'une note ou d'un tutoriel

Au pays de Jaques-Dalcroze, toujours selon l’OFS, 20% de la population chante, 17% joue d’un instrument, occasionnellement ou de manière régulière. Pour les personnes qui débutent, l’isolement ne s’avère pas forcément un obstacle. «En s'initiant seul, le mieux est d’apprendre le solfège sur l’instrument même, note Isabel Neligan, violoniste à l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich et professeur de musique. Les méthodes commencent toutes par la note de chaque instrument qui est la plus facile à produire et de là, on construit ses notions de solfège.» Cependant, concède la musicienne, on part avec un grand avantage si on a déjà appris un instrument par le passé. A terme, on devrait tout de même affiner ses connaissances avec un professionnel: «Chacun est très différent dans le rythme d’apprentissage et dans les divers aspects de l’instrument. Un professeur insistera sur les manques qui empêchent d’avancer. Avec une vidéo Youtube, il faut soi-même connaître ses problèmes. Pas facile.»

Grégory Widmer simplifie l’enseignement du piano en annotant les touches du clavier.

Pas facile, mais pas impossible non plus. Grégory Widmer (30 ans) regardait sa mère jouer du piano, jusqu’au jour où il a voulu apprendre lui aussi. «Au cinquième morceau, j’ai compris qu’en gros, on doit juste appuyer sur des boutons dans un certain ordre.» C’était il y a 12 ans. De ce constat, le jeune Vaudois de La Tour-de-Peilz a construit sa propre méthode, sobrement intitulée Piano Facile. «Je n’utilise pas les partitions, cela ne m’intéresse pas. J'improvise. Ma vision est empirique. Il faut des résultats rapides, sinon on se décourage.» Il a visé juste: ses vidéos Youtube comptent plus de 3 millions de vues. Depuis la crise du coronavirus, le trafic sur son site est passé de 2000 à 6000 visiteurs quotidiens. Pour l’ingénieur en chimie, la musique n’est rien d'autre qu’une combinaison mathématique. Il s’agit de comprendre plutôt que d’apprendre par cœur. «Les gens pensent que c’est compliqué, mais quand ils ont saisi le truc, ils peuvent composer eux-mêmes», détaille-t-il.

Jacques-Daniel Rochat a inventé une nouvelle notation musicale sans fausses notes et le clavier qui va avec.

Simplifier le solfège pour ne pas décourager

Le solfège semble être l’obstacle majeur. Selon une étude de la National Association of Music Merchants, qui regroupe les grandes entreprises de l’industrie musicale, sur 100 personnes qui débutent la musique, 70 arrêtent à cause de la complexité. Partant de ce constat, Jacques-Daniel Rochat (58 ans), de Chexbres (VD), s’est penché sur les partitions et a recensé toutes les aberrations du solfège. Pourquoi les touches blanches du piano auraient-elles plus d’importance que les noires, qui, sur une partition n’apparaissent qu’en  et en b (voir en pages 14 et 15)? Il invente alors son propre système de notation, baptisé Dodeka (douze, soit le nombre de notes). Il crée aussi une autre manière de marquer le rythme. «Ne pas savoir lire une partition est un signe de bonne santé mentale, sourit-il. 90% de la musique renferme une complexité inutile. Par exemple, une tierce (ndlr: la base d'un accord) ne vaut pas toujours une tierce.» Pour développer sa pensée, le Vaudois, qui n’en est pas à sa première invention, démonte les touches d’un piano acoustique pour fabriquer un clavier Dodeka, avec un marqueur toutes les 12 touches. «On peut beaucoup plus facilement transposer un morceau.»

 La partition de «Frère Jacques», telle qu'on la connaît, en sol et en do . Et la version simplifiée de Dodeka. 

L’idée, restée trente ans dans un tiroir, a pris son essor depuis que son fils Josua en a décelé le potentiel et créé une start-up. Les retours des utilisateurs bêta s’avèrent très positifs. Si le monde académique musical fait la sourde oreille («certains professeurs profitent de la complexité pour protéger le système élitiste»), les débutants, les pros de l’impro et les musiciens alternatifs à la recherche de nouvelles sonorités applaudissent. Dodeka fonctionne avec tous les instruments. Plusieurs centaines de personnes attendent les claviers optimalisés que la start-up prévoit de commercialiser (si possible, en trouvant des partenaires en Suisse). Car in fine, tout le monde cherche le meilleur moyen d’apprendre ou de pratiquer la musique, peu importe le chemin pour y parvenir (lire notre encadré page 16 sur les méthodes disponibles en ligne). «Il faut beaucoup de volonté et un peu de chance, glisse la violoniste Isabel Neligan. Aujourd’hui, avec Internet, il y a du tout et du n’importe quoi. Souvent, les bonnes vidéos pour apprendre sont payantes. C’est normal, puisque quelqu’un se donne de la peine de fournir un bon outil.»

En chœur, Grégory Widmer et Clotilde Moeglin encouragent les lecteurs à se (re)mettre à la musique: «Je suis l’exemple qu’on peut apprendre tout seul. Vous ne prenez pas de risque, il n’y a personne pour vous juger!», entonne le premier. Et la seconde d'ajouter: «Allez-y! Et surtout amusez-vous! Ne dit-on pas jouer de la musique?» 

 


Les meilleures offres en ligne

  • Guitar Pro: ce logiciel très complet, doublé d’une appli, permet de se familiariser avec l’instrument et d’apprendre rapidement le secret des tablatures.
  • Piano Facile: parce que Grégory Widmer sait expliquer tout simplement les principes de la musique. Quelques cours payants, le reste est accessible gratuitement.
  • Happy Note: ce site gratuit reprend point par point et de manière didactique les bases du solfège. De petits jeux permettent de tester ses connaissances.
  • Lightnote: pour les gens qui ont plutôt une mémoire photographique. Site très graphique où on peut comparer deux accords et cliquer sur celui qui sonne juste, en expliquant pourquoi (en anglais).
  • Violinonline: tout sur le violon, de la tenue correcte à la technique, partitions gratuites à télécharger (en anglais).