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Colériques anonymes

La colère est une émotion naturelle, indispensable à notre bon fonctionnement. Refoulée, elle peut devenir un handicap et se transformer en fureur. Voici quelques pistes pour éviter de voir rouge.

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25 mai 2020

Comme la joie, le dégoût, la peur, la surprise et la tristesse, la colère fait partie des émotions primaires répertoriées par le psychologue américain Paul Ekman, une référence dans le domaine. Elle est à la fois innée et acquise. Innée, car on l’observe déjà chez le nourrisson lorsqu’il est frustré. Acquise, car en grandissant, on l’acquiert par imitation.

La colère, face positive

Mais à quoi sert au fond la colère? «C’est une émotion positive. Une émotion est par définition une énergie qui nous tombe dessus, qui dure quelques secondes en produisant quelque chose dans le corps et qui prouve que nous sommes vivants, résume Stéphanie Aebischer Hamida, psychologue-psychothérapeute FSP à Genève. Le rôle de la colère consiste à protéger notre espace, à mettre des limites.»

Malheureusement, celle-ci souffre d’un problème d’image. Dans notre culture, elle est souvent perçue comme négative. «Socialement, elle n’est pas très acceptée. Il y a une tendance, ici en Suisse, qui nous encourage à gérer nos émotions. Cela signifie ne pas trop montrer sa colère, mais aussi, ne pas trop montrer sa joie. Pourtant, c’est sain d’extérioriser cette énergie», insiste la psychologue spécialisée dans cette thématique.

Contrairement à la joie, refouler sa colère se révèle problématique. Si on ne l’exprime pas, on devient une cocotte- minute. La colère se transforme alors inévitablement en fureur. Et elle explose.

Comment l’exprimer de manière adéquate? «On peut apprendre aux enfants à taper dans un coussin, par exemple. Dans un coussin, mais pas dans un mur, poursuit la thérapeute. A l’âge adulte, on l’exprimera par la parole en apprenant à formuler sa colère de manière posée.» Mais avant de la dire calmement, il faut savoir clairement ce qui déclenche cette colère. Selon le constat de la psychologue, il arrive souvent que l’on identifie mal la source de celle-ci et qu’on la déverse sur un proche, alors qu’il n’en est pas responsable.

«Stop, breathe and think»

Mais lorsque l’émotion est trop forte, il n’est pas facile de garder son calme. Que faire? La psychologue conseille de s’éloigner un instant de l’objet de sa colère. «Stop, breathe and think. On s’arrête, on respire et on tente de réfléchir. Quand on est dans la fureur, on pourrait tout anéantir devant soi. Surtout quand on est dans son cercle familial. Le fait de sortir, permet aux deux protagonistes de redescendre dans l’échelle de la colère.»

Avec les enfants

Les choses sont bien différentes avec les enfants, bien sûr. «Si vous êtes avec un enfant dans une pièce où quelqu’un se met très en colère, l’enfant aura de la peine à comprendre ce qui se passe. On peut le prendre par la main, le rassurer et lui dire: Viens, on va faire un tour car XY est très énervé là», conseille Stéphanie Aebischer Hamida.

Si c’est l’enfant qui est en colère, la psychologue propose de rester près de lui. De poser une main sur lui, de lui montrer qu’il n’est pas tout seul et lui demander ce qui lui arrive. Car l’enfant vit une émotion très importante. Dans le cas précis d’un petit qui se roule par terre de frustration car il ne peut pas avoir un jouet, il faudrait aussi rester calme, près de lui, en faisant le disque rayé. «Je comprends que tu sois en colère, mais je ne vais pas t’acheter de jouet.» Selon la thérapeute, il ne faut surtout pas lui dire, «tu me fais honte», car l’enfant aura tendance à associer la colère à la honte et s’interdira de ressentir la colère par la suite. Même si c’est difficile de supporter le regard des autres lorsque son bambin fait une crise dans un endroit public, selon la psychologue, il ne le fera qu’une fois. «Quand l’enfant a pu aller au bout de son émotion, qu’il est allé au bout de cette énergie, qu’il a pu la décharger, il se rendra compte que le parent est toujours là, qu’on ne lui a pas crié dessus, qu’on ne lui a pas dit qu’il nous faisait honte, et surtout qu’on a tenu, qu’on n’a pas acheté le jouet! Ça pose le cadre. Il aura son jouet probablement à un autre moment, mais pas en réaction à sa crise.»

La colère, face sombre

La colère devient problématique quand elle n’est pas circonstanciée, c’est-à-dire, quand elle n’est pas liée à un événement précis, mais généralisée et fréquente. Le sport peut aider à la doser, mais cela ne suffit pas. Les exercices de respiration semblent par contre plus efficaces. Mais lorsque l’on a affaire à un tempérament colérique qui (peut) débouche(r) sur la fureur, la thérapeute conseille fortement une prise en charge par un professionnel. Car cela peut devenir ingérable, voire dans les cas extrêmes dangereux pour soi et/ou pour son entourage. Des psychothérapies ou séances d’hypnose apportent de bons résultats et même la guérison selon la psychologue.

Retour à la nature

La nature aurait aussi des vertus guérisseuses! «Ce qu’on sait, c’est que le fait d’aller dans la nature, près des arbres, de crier sa colère dans une forêt, ou de se mettre contre un arbre pour la lui dire, ça aide énormément. Des nouvelles études ont montré qu’en étant vraiment proche de la nature, en la touchant, notre fréquence cardiaque a tendance à diminuer», conclut Stéphanie Aebischer Hamida. La nature a de tels effets bénéfiques que, de nos jours, de nombreuses consultations pour ce type de problèmes se passent en forêt.