X

Recherches fréquentes

Zoom
La suisse à vélo

Tracer la route

Bords de lacs, parcs régionaux, forêts denses ou cols vertigineux: le vélo en Suisse rime avec nature, mais aussi effort! Et ce, même avec un vélo électrique. On l’a testé pour vous. Reportage sur la «Route Verte».

PHOTO
David Marchon
27 juillet 2020
Le Canada? Non, l’arrivée au col du Marchairuz. Une nature quasi intacte, des sapins à perte de vue, des fleurs sauvages et un chemin à plat avant une longue descente.

Le Canada? Non, l’arrivée au col du Marchairuz. Une nature quasi intacte, des sapins à perte de vue, des fleurs sauvages et un chemin à plat avant une longue descente.

Mal aux fesses. Ma première journée à vélo reliant Couvet (NE) à Sainte-Croix (VD) se résume à ces trois mots. Dire que j’avais souhaité, au départ, faire la «Route Verte» dans son ensemble, c’est-à-dire, rejoindre Genève depuis Schaffhouse en effectuant 50 à 80 km par jour (voir le détail à la page 17) en une semaine. Je me disais qu’à l’aide d’un vélo électrique, sans bagages, ces derniers étant transférés d’une étape à l’autre, j’y arriverais sans peine. Heureusement que j’ai suivi les conseils des organisateurs en optant pour la variante «plaisir» avec «seulement» 40–50 km par jour, sur «seulement» trois jours. Car sans entraînement – je ne fais jamais de vélo – ce périple est bien exigeant physiquement.

Le tronçon entre Le Pont et Nyon a été mon préféré. Le soleil, des paysages sauvages, variés, un effort plutôt modéré et une longue descente y ont fortement contribué.

Je ne me moquerai plus jamais des cyclistes

Deuxième bilan de la journée, suite logique du premier: une tenue adaptée est indispensable. Oui, j’ai regretté de ne pas avoir investi dans un short moulant avec des coussins sur les fesses et dans des t-shirts qui sèchent rapidement. Cette coquetterie mal placée m’a coûté en confort et énergie. Lorsque en jeans, après un bon repas, j’enfourche ma bécane pour rejoindre La Côte-aux-Fées depuis Buttes (NE), avec une «belle montée» de 500 m de dénivelé, j’essaye de retenir mon menu du jour, trop riche me rends-je alors compte. Je comprends aussi l’importance d’une tenue adéquate. Je transpire à grosses gouttes, mon cœur bat très (trop) vite alors que j’ai programmé mon vélo en mode «high» (haute assistance). Si j’arrête de pédaler, je redescends la pente en marche arrière. Je pense alors à toutes ces femmes alpinistes du début du siècle dernier qui ont gravi des sommets célèbres en jupe car les pantalons leur étaient interdits. Je relativise donc et continue à pédaler.

En 30 minutes de cardio intense, me voilà sur du plat. A La Côte-aux-Fées, le panorama est une vraie récompense. Lui et un verre chez Esther Vardis, une Genevoise qui a repris l’Hôtel-Restaurant de la Poste dans ce coin tranquille entouré de paysages préservés. Je bois le verre debout pour reposer mon arrière-train censé me supporter encore jusqu’à Sainte-Croix. J’ignorais alors qu’un chemin bucolique, sans voitures, m’attendait. Après cette courte récupération, je remonte en selle. Au revoir Neuchâtel, bonjour Vaud. Des prairies immenses parsemées de vaches où le parfum de fleurs, d’herbe fraîche se mêle à une odeur de pluie. Ce premier jour, je le passerai entre les gouttes, heureusement.

A quel moment me suis-je perdue alors qu’il me semble avoir suivi ce chiffre 7 de la «route du Jura»? Je dégaine mon téléphone pour ouvrir l’app Suisse-Mobile et constate que je suis en train de m’éloigner de mon objectif. Ça tombe bien, je n’avais pas assez fait de vélo pour aujourd’hui… Je me remets sur le bon chemin et arrive avec un sourire de soulagement à l’Hôtel de France de Sainte-Croix.

Sur la route du col du Marchairuz, dépasser un sportif alors qu’on a un vélo électrique est plutôt mal vu. 

Pédalons sous la pluie

Après un sommeil de plomb, je me réveille sous un ciel nuageux. Bien courbaturée de la veille, j’appréhende un peu cette nouvelle journée. A la sortie de Baulmes (VD), après une descente grisante depuis le col de l’Aiguillon et une vue imprenable sur la vallée de Joux, ma prochaine étape, je m’engage sur un chemin de forêt avec une légère montée. Et là, au beau milieu de nulle part, une grosse averse s’invite en un rien de temps. Trempée jusqu’à l’os, je trouve un abri et attends que ça passe. Mais ça ne passe pas. Vallorbe n’est pourtant plus très loin. Mon nouveau plan est de rejoindre Vallorbe, me changer (heureusement que j’avais prévu des vêtements de rechange dans mon sac à dos étanche) et de prendre un train jusqu’au Pont. J’y arrive enfin, complètement trempée, fière d’avoir tutoyé Mère Nature. Pour fêter ça, je décide de m’offrir une visite aux grottes, où j’avais mis les pieds quand j’avais 10 ans lors d’une course d’école. Elles n’ont pas changé. Mon émerveillement non plus. Fatiguée mais détendue, je prends le train pour Le Pont.

Aux Charbonnières, Brigitte Rochat (59 ans) tient un magasin de produits régionaux et un petit musée, issu de la collection personnelle de son mari, contant l’histoire et les activités de la vallée de Joux. 

Le meilleur pour la fin

Je ne le sais pas encore, mais cette journée me fera vite oublier les émotions de la veille. Après un bon petit-déjeuner à l’Hôtel de la Truite, je retrouve ma bécane. Le soleil se lève. Ça fait du bien. Je longe le lac de Joux aux airs de vacances jusqu’au Brassus en passant par Les Charbonnières, où un petit musée accolé au magasin de produits régionaux présente l’activité de la vallée (entrée 5 fr.). J’y achète quelques vivres.

Depuis Le Brassus, je m’engage sur ce qui sera la dernière montée de mon périple. Destination col du Marchairuz. Le thermomètre grimpe, la route aussi. Je suis contente d’avoir suffisamment d’eau car les rares fontaines sur cette étape qui me mène à Nyon n’offrent pas d’eau potable. Je dépasse les cyclistes entraînés, dans mon accoutrement digne d’un dimanche à la maison (mes seuls habits secs). Ils me regardent d’un air méprisant (ou alors est-ce un respect profond qui se dessine dans leur yeux). J’engloutis un plat de röstis au col avant d’entreprendre mon moment préféré à vélo: la descente! Et quelle descente. Elle dure plus d’une heure.

J’avale au passage quelques moucherons (heureusement que je porte des lunettes!) avant d’arriver à Nyon. Après cette longue journée de 50 km, l’option «plaisir» de la «Route Verte» prend tout son sens.


La route verte à vélo

De Schaffhouse à Genève

La Suisse à travers six parcs régionaux Le trajet appelé «Route Verte» est né en 2018 (www.larouteverte.ch). En huit jours, il traverse les montagnes jurassiennes et le Parc naturel régional de Schaffhouse, du Jura argovien, de Thal, du Doubs, le Parc régional du Chasseral et le Parc naturel régional Jura vaudois. Prix: dès 1065 fr. (7 nuitées avec petit-déjeuner, transport de bagages compris). Il existe aussi la variante «parcours plaisir» sur quatre ou cinq jours (pour ma part, j’ai testé la partie en rouge sur la carte).

Renseignements et réservations sur: www.eurotrek.ch/larouteverte