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Les bienfaits de l'écriture

En couchant sur le papier le récit de situations traumatisantes, on parvient à mieux les gérer. Cela s’avère bénéfique pour la santé. Corps et âme en profitent.

09 mars 2020

En mettant ses pensées et soucis par écrit, on prend soin de sa santé physique et mentale.

«Ce qui me plaît, c’est de pouvoir au moins écrire ce que je pense et ce que je ressens. Sans cela, j’étoufferais.» Anne Frank (1929–1945) écrit cette phrase dans son journal le 16 mars 1944, alors qu’elle vit cachée à Amsterdam. Beaucoup de gens ont recours à l’écriture pendant une guerre. Le papier semble en effet aider ceux qui souffrent à faire face à des situations traumatisantes.

Mettre des mots sur des pensées

Aujourd’hui, on relate plutôt dans son carnet des contrariétés avec les collègues, du stress avec les enfants, mais également des expériences douloureuses. Aussi longtemps que ces problèmes ne sont pas résolus, ils nous tourmentent et génèrent de l’angoisse au lieu de laisser l’esprit en paix. A la longue, c’est la santé qui en pâtit. «Il est toujours bon de mettre des mots sur des pensées et des sentiments, et de les écrire», déclare Andrea Horn (45 ans), psychologue de l’Université de Zurich, qui mène une recherche sur l’écriture de journaux intimes.

Développée dans les années 1980 par James Pennebaker, de l’Université du Texas à Austin, aux Etats-Unis, une méthode consiste à faire face à des coups du sort en écrivant. Dans le cadre de sa première étude en 1986, le professeur de psychologie a demandé à un groupe d’étudiants d’écrire une quinzaine de minutes par jour pendant quatre jours sur une expérience personnelle difficile. Tandis qu’un autre groupe de contrôle, au contraire, fut chargé d’écrire sur un thème dénué d’émotion. Au cours des jours qui ont suivi, les étudiants qui avaient exprimé leur problème se montrèrent plus agités. Mais durant les six mois suivants, James Pennebaker remarqua chez eux moins de consultations médicales que dans l’autre groupe. La quasi-­totalité a également décrit l’écriture comme une expérience précieuse et personnellement enrichissante.

En 1999, le psychologue américain Joshua Smyth demanda à des patients atteints d’arthrite ou d’asthme d’écrire soit sur une expérience traumatisante, soit sur des faits anodins. Quatre mois plus tard, il observa des améliorations au niveau des articulations ou du volume des poumons chez ceux qui avaient évoqué une épreuve stressante.

Plusieurs fois par semaine

«Depuis, des centaines d’études ont démontré les bienfaits sur la santé de la tenue d’un journal, indique Andrea Horn. Nous avons aussi pu prouver que l’écriture avait des effets sur le bien-être émotionnel.»

Le mécanisme actif reste flou. «On suppose que les événements vécus qui ne sont pas traités provoquent un stress mental et corporel insidieux. D’autres théories avancent que la confrontation ciblée par l’écriture crée une accoutumance à l’objet anxiogène. D’autres, encore, expriment le vécu tout d’abord avec des mots et comprennent à travers eux ce qu’il s’est passé. L’écriture pousse l’humain à affronter des choses qu’il aurait plutôt tendance à éviter», nous explique la spécialiste. Ceci permet d’accepter des sentiments négatifs et de les ordonner, ce qui fait du bien au corps et à l’esprit.

Les séances d’écriture ne doivent pas nécessairement être régulières. Il suffit d’écrire plusieurs fois par semaine sur ses sentiments et ses pensées. «Il faudrait écrire aussi honnêtement et ouvertement que possible sur des sujets pour lesquels on ressent notamment un blocage émotionnel», conseille Andrea Horn. Il n’est pas question ici de qualité littéraire, mais plutôt de sincérité et de courage: celui d’envisager de nouvelles perspectives.