Oasis urbaines | Coopération
X

Recherches fréquentes

à LA UNE
ZOOM

Oasis urbaines

Les parcs urbains ont une fonction essentielle de détente dans la vie des habitants des centres-villes. Pourtant, la pérennisation de ces poumons verts demande une attention particulière.

31 août 2020
Touché par un violent orage mi-août, le parc La Grange est le plus grand parc de Genève, classé monument historique. Ses ambiances végétales sont propices à un voyage exotique.

Touché par un violent orage mi-août, le parc La Grange est le plus grand parc de Genève, classé monument historique. Ses ambiances végétales sont propices à un voyage exotique.

Les villes ont besoin d’espaces verts, c’est incontestable. Et les deux grandes villes romandes que sont Genève et Lausanne n’en manquent pas. Jugez plutôt: 310 hectares sont répartis dans la première – environ 20% de son territoire communal –, et 360 hectares pour la seconde. Et il ne fait également aucun doute que ces poumons de verdure sont très appréciés. C’est ce que reflètent les prix de l’immobilier. «Les zones résidentielles situées à proximité de parcs sont particulièrement attrayantes», déclare Peter Wullschleger (60 ans), directeur général de la Fédération suisse des architectes paysagistes. «Dans les sondages, l’envie de ‹beaucoup de verdure› figure toujours en tête des souhaits des personnes interrogées.»

Zurich et Vienne, qui se disputent régulièrement le titre de ville la plus agréable à vivre du monde, comptent toutes deux parmi les 15 villes possédant la plus grande proportion d’espaces verts. A Vienne, ils constituent plus de 40% de la superficie globale, et à Zurich, un peu plus de 30%. «Même les personnes qui ne vivent pas directement à proximité d’un parc urbain tirent profit des espaces verts», explique Axel Fischer (56 ans), chef du département Parcs et espaces verts de la Ville de Zurich. Il a ainsi été constaté qu’il peut faire jusqu’à 10 degrés de plus en ville que dans les environs fortement boisés: le béton et l’asphalte réchauffent la ville. «Les espaces verts neutralisent ce réchauffement», indique Axel Fischer. Ils laissent en effet la pluie s’infiltrer et s’évaporer à nouveau, un phénomène qui produit un effet rafraîchissant, comme la transpiration pour notre corps. De fait, la plus grande ville de Suisse s’est dotée d’une valeur de référence pour le calcul de ses espaces verts nécessaires: 8 m2 par habitant et 5 m2 par poste de travail. D’autres villes les planifient de la même manière, par exemple à Vienne, ce sont 13 m2 par habitant, et à Hambourg, 7 m2.

Le parc de l'Hermitage offre l'un des plus beaux points de vue de Lausanne pour admirer en un coup d'oeil le lac et les Alpes.

Du côté de Lausanne également, les parcs – petits et grands – font l’objet d’une attention toute particulière, même si aucune valeur spécifique par habitant n’est ici gravée dans le marbre. D’autant que la ville olympique n’est pas en reste avec ses 360 hectares d’espaces verts publics, représentant 9% du territoire, soit 26 m2 par habitant. «Auxquels il convient d’ajouter 11 hectares de jardins familiaux et 143 hectares de forêt en zone urbaine», souligne Natacha Litzistorf, conseillère municipale de la Ville de Lausanne, directrice du logement, de l’environnement et de l’architecture. «Nous avons créé une dizaine de parcs ces dernières années.»

 

Préserver la biodiversité

Il faut dire que le sujet est d’actualité et le quotidien des habitants directement impacté. «Il est impératif de lutter contre les îlots de chaleur avec la problématique du réchauffement climatique, tout en préservant une biodiversité qualitative en ville.» Un combat nécessaire dans cette ville du bord du lac où la pression immobilière est une réalité. «Chaque geste est important. Comme par exemple, la mise en place de couloirs végétaux entre chaque espace vert de la ville, détaille notre interlocutrice. C’est un maillage qui favorise à la fois la biodiversité, tout en emmenant les habitants d’un lieu vert à un autre avec un maximum de végétalisation.»

 

Favoriser le patrimoine arboré

Or, ce que l’on ne trouve ni à Lausanne, ni à Zurich, ni dans aucune autre ville suisse, c’est un grand parc central, à l’instar de Munich et son Jardin anglais (375 hectares) ou Londres avec Hyde Park (142 hectares). «A ce jour, Lausanne compte une trentaine de parcs, toutes tailles confondues, commente Natacha Litzistorf, ce qui représente quelque 80000 arbres de parcs et 8000 arbres d’avenues.» Là encore, tout est mis en place pour préserver ce patrimoine arboré urbain: «Un grand travail a été effectué sur les outils de construction territoriale, précisément pour favoriser cette préservation. En cinq ans, le nombre d’arbres plantés représente plus du double de ce qui a été coupé.» D’ailleurs, la population lausannoise peut consulter à tout moment, sur le site internet de la ville, le suivi de l’évolution de l’arborisation en ville. La carte permet de localiser et d’identifier les 22000 arbres publics déjà répertoriés et de s’informer de leur gestion.

Autre mise en œuvre: une technique novatrice de fosse d’arbre, lors de nouvelles implantations, afin de conserver plus facilement l’eau de pluie nécessaire à l’arbre lors de fortes chaleurs pour rafraîchir son espace environnant. «Les Lausannois sont très attachés à leurs arbres, comme à leurs parcs. Et qu’ils soient grands ou petits, tous ont leur fonction et leur raison d’être.»

Le parc Josefwiese est apprécié par les Zurichois pour son grand terrain de jeux (foot, pétanque, tennis de table et beach-volley).

 

Indice de la serviette de bain

Mais alors de quelle manière le développement galopant des villes intègrera l’implantation d’espaces verts? C’est une question ouverte dans les métropoles, à l’instar de Zurich, qui accueillera probablement entre 80000 et 100000 habitants supplémentaires d’ici à 2040. Ses infrastructures se feront donc plus denses, ce qui ne manquera pas d’engendrer des répercussions sur «l’indice de la serviette de bain». Car la réalité est bien là: plus une surface est occupée par un nombre important de personnes, plus le potentiel de conflit est élevé. Selon cet «indice de la serviette de bain», pour se sentir bien, une personne a besoin d’environ 6 m2 d’espace sur une pelouse. Et pour garantir cet équilibre à Zurich, la plus grande ville de Suisse qui abrite presque un demi-million de personnes, davantage d’espaces ouverts, d’installations de loisirs et de sport seront nécessaires. A cette fin, la ville a soumis un plan directeur communal actualisé pour consultation et prise de décision politique. 

 

Enorme: Avec une superficie de 32 ha, l’Irchelpark de Zurich est l’un des plus grands parcs urbains de Suisse. Il a été inauguré en 1986 et encadre les bâtiments du campus universitaire d’Irchel. Paisible: Le réseau de voies axiales du Kannenfeldpark de Bâle révèle la façon dont il était utilisé à l’origine. De 1868 jusqu’aux années 1940, le parc était en fait un cimetière. Des arbres bordaient le long des allées, tandis que d’autres étaient plantés en groupes au sein de parcelles de verdure. Ancestral: Le jardin botanique de Porrentruy (inauguré en 1793) est le deuxième plus ancien de Suisse, après celui de Bâle (fondé en 1589). Dans la cour de l’ancien monastère jésuite, environ 180 variétés différentes d’iris fleurissent aux côtés de rosiers. Les collections botaniques du jardin accueillent également des cactus et des tillandsias. Réunis: Autour du bassin du lac Léman, plusieurs domaines autrefois privés ont été transformés en grands parcs publics.

Le Parc La Grange et le Parc des Eaux-Vives (Genève) ornent la rive gauche, et quatre parcs ont même été réunis en un seul sur la rive droite. Ex(p)otique: Quand on évoque le Parc des Rives du Lac, on pense plus à Expo.02 qu’à l’aspect exotique. Durant l’Exposition nationale, il accueillait en effet l’une des quatre «Arteplages». Après l’événement, la ville d’Yverdon-les-Bains a ouvert le parc au public. Et pour des raisons de budget restreint, il a conservé sa sobriété rustique. Nounours, on vous aime: Depuis 2009, les ours bernois vivent dans le parc à ours aménagé tout spécialement pour eux sur la pente raide menant à l’Aar. Si l’espace disponible pourrait s’y prêter, nul être humain n’y est cependant autorisé!

 

Le Jardin de la paix, à Genève, est d'inspiration impressionniste.

 


Les parcs améliorent-ils le bien-être des habitants?

Oui, très clairement. De nombreuses études montrent que les espaces verts à proximité des habitations ont un effet positif sur des aspects de la santé psychosociale tels que les émotions, l’attention, les capacités de concentration, la cohésion et les comportements sociaux.

 

Cela tient-il aux plantes ou à l’espace ouvert?

Nous n’en savons pas encore beaucoup sur ce sujet. Cependant, il a été prouvé qu’en plus des espaces verts, l’eau – que ce soit sous la forme d’un plan d’eau ou d’une fontaine – engendre un aspect positif sur l’effet récréatif en milieu urbain.

 

En d’autres termes: plus il y a de parcs, plus la population urbaine est en bonne santé?

Ce n’est pas aussi simple. La verdure et l’eau ne sont pas les seuls éléments importants pour les espaces ouverts. Les réseaux sociaux qui se créent sont encore plus cruciaux pour la santé. Pour faire face au stress, ils forment une sorte de «système immunitaire social».

 

Comment cela se présente-t-il?

Il s’agit par exemple du bon voisinage. On connaît «l’aide entre voisins». Lorsque celle-ci existe, le réseau est déjà développé. Mais des réseaux de ce type sont présents dans les parcs, par exemple à travers de simples contacts entre visiteurs qui se promènent régulièrement avec leurs chiens ou nourrissent les oiseaux et se saluent. Des personnes en marge de la société peuvent aussi y nouer leurs contacts. Souvent, ce ne sont pas des sans-abri, mais des personnes ne souhaitant tout simplement pas rester seules chez elles. L’idée est de promouvoir ce genre de choses avec l’espace public.

Entre 1934 et 1939, le parc de Valency de Lausanne voit le jour au profit des familles ouvrières, nombreuses dans le quartier.


Beauté et spécificité

Des parc urbains extraordinaires

Enorme: avec une superficie de 32 hectares, l’Irchelpark de Zurich est l’un des plus grands parcs urbains de Suisse. Inauguré en 1986, il encadre les bâtiments du campus universitaire d’Irchel.

Paisible: le réseau de voies axiales du Kannenfeldpark de Bâle révèle la façon dont il était utilisé à l’origine. De 1868 jusqu’aux années 1940, le parc était en fait un cimetière. Des arbres bordaient le long des allées, tandis que d’autres étaient plantés en groupes au sein de parcelles de verdure.

Ancestral: le jardin botanique de Porrentruy (inauguré en 1793) est le deuxième plus ancien de Suisse, après celui de Bâle (fondé en 1589). Dans la cour de l’ancien monastère jésuite, environ 180 variétés différentes d’iris fleurissent aux côtés de magnifiques rosiers. Les collections botaniques du jardin accueillent également des cactus et des tillandsias.

Réunis: autour du bassin du lac Léman, plusieurs domaines autrefois privés ont été transformés en grands parcs publics. Le parc La Grange et le parc des Eaux-Vives (Genève) ornent la rive gauche. Quatre parcs ont même été réunis en un seul sur la rive droite.

Ex(p)otique: quand on évoque le parc des Rives du Lac, on pense davantage à Expo.02 qu’à l’aspect exotique. En effet, durant l’Exposition nationale, il accueillait l’une des quatre «Arteplages». Après l’événement, la ville d’Yverdon-les-Bains a ouvert le parc au public. Et pour des raisons de budget restreint, il a conservé sa sobriété rustique.

Nounours, on vous aime: depuis 2009, les ours bernois vivent dans le Parc aux ours aménagé tout spécialement pour eux sur la pente raide menant à l’Aar. Si l’espace disponible pourrait s’y prêter, nul être humain n’y est cependant autorisé!