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Sacrés coups de foudre

Il fait lourd, il fait chaud: c’est la saison des orages et des éclairs. Un domaine où la Suisse s’illustre, puisqu’elle enregistre un nombre d’impacts de foudre parmi les plus élevés d’Europe. Phénomène météo.

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Getty Images | RTS/Jay LOUVION
06 juillet 2020
Ciel d’orage et d’éclairs sur le lac Majeur. Le Tessin est l’endroit en Suisse où la densité des éclairs est la plus grande.

Ciel d’orage et d’éclairs sur le lac Majeur. Le Tessin est l’endroit en Suisse où la densité des éclairs est la plus grande.

Il y a ces nuages menaçants qui assombrissent le ciel, changent de forme et de couleur. Ce vent qui se lève. Ces feuilles qui frémissent sur les arbres. Et voilà que les nuages se bousculent, grognent et tourbillonnent comme si les dieux nous concoctaient une de leurs recettes célestes. Tout à coup c’est un premier éclair qui déchire le ciel, suivi par ce coup de tonnerre qui claque.

Mais comment fait-on pour quantifier les orages qui ont traversé notre pays? «L’un des critères, c’est la comptabilisation des impacts de foudre qui sont détectés et mesurés tout au long de l’année», nous explique le spécialiste météo RTS Philippe Jeanneret. Par exemple, durant l’été dernier 85270 impacts de foudre ont été relevés. La commune la plus touchée est celle de Gravesano (TI) avec 16 éclairs au km2. En Suisse romande, c’est le village de Sullens (VD) avec près de 8 éclairs par km2 entre début juin et fin août 2019.

Les éléments se déchaînent: la foudre, le vent, la pluie se mêlent durant un orage.

Selon MétéoSuisse, de 60000 à 80000 éclairs se déchargent chaque année dans notre pays. Mais ces chiffres ne tiennent compte que des impacts principaux et non des éclairs secondaires. «On peut également regarder d’autres facteurs comme, par exemple, la force des vents ou les quantités de précipitations. Quand on a des cumuls importants sur des laps de temps restreints, peuvent en résulter des événements vraiment particuliers, voire tragiques.» Tels que ces orages à Lausanne, en juin 2018, où Philippe Jeanneret rappelle que la forte vague de précipitations avait provoqué de véritables torrents dans les rues et inondé des stations de métro, à Ouchy notamment. Comme aussi ces vents soufflant à plus de 100 km/h et la grêle qui ont secoué, en juin 2019, les bateaux du 81e Bol d’Or Mirabaud. Ou ces laves torrentielles meurtrières à Chamoson (VS), en août dernier.

Comment naissent les orages

Mais à propos, ce branle-bas orageux, d’où vient-il? «Les orages se développent parce qu’il y a des contrastes thermiques importants dans l’atmosphère: c’est lorsqu’il fait très froid en altitude et plutôt chaud dans les basses couches. L’air froid étant plus lourd que l’air chaud, cette superposition air froid−air chaud provoque de forts mouvements ascendants, à l’origine du processus orageux.»

Philippe Jeanneret, à l'œuvre à la RTS, où il dirige l'équipe météo.

En été, ces situations de contrastes thermiques sont là parce qu’il fait chaud, qu’il y a un bon ensoleillement et que la température grimpe au sol alors qu’elle reste plus stable en altitude. L’instabilité est là et le processus orageux peut commencer.

Saint Donat appelé en protecteur

Mais pourquoi les orages sont-ils si violents en août? «Il y a souvent une phase de haute pression générale entre mi- juillet et mi-août, une période de chaud et de temps sec, généralement dus à la présence de l’anticyclone des Açores, indique Philippe Jeanneret. Lorsque ce temps sec prend fin avec l’arrivée d’une perturbation sous forme d’un premier fond froid polaire, les contrastes thermiques sont très marqués et il y a des éléments qui vont concourir pour que ces orages soient violents, c’est-à-dire accompagnés de forts vents, ou de grêle, voire d’éléments tornadiques.»

Alors bien sûr ce n’est pas un hasard si dans le ciel du 19 août − à peu près quand les fronts polaires arrivent au-­dessus de la Suisse et que les orages peuvent donc être redoutables − soit célébré saint Donat. Cette figure médiévale est depuis longtemps invoquée pour être de bon secours contre les orages, les tempêtes, les foudres, les tonnerres et autres intempéries…

Fréquence autour du globe

En Suisse et par année, c’est le Tessin qui comptabilise le plus d’éclairs avec 4,7 impacts par km2. La région qui est la plus fréquemment frappée par la foudre en Europe n’est pas très éloignée de notre pays, puisqu’il s’agit du lac de Côme, près de Lecco, avec 6,5 impacts par km2.

A l’échelle mondiale, c’est au Venezuela que les éclairs sont les plus nombreux, plus précisément sur le lac Maracaibo, avec 233 éclairs par km2 chaque année. Les orages sont particulièrement violents à l’endroit où le fleuve Catatumbo se déverse dans le lac: on y compte 60 éclairs par minute, soit un total d’environ 1,2 million en 365 jours! On relève aussi 205 éclairs par km2 à Kabare, en République démocratique du Congo. Si l’on tient compte de sa surface, c’est le pays le plus orageux au monde. Grâce aux relevés des satellites, les climatologues ont découvert que les éclairs sont plus nombreux au-dessus de la terre ferme qu’au-dessus de la mer, les endroits les plus touchés étant les régions montagneuses de l’Himalaya, des Andes, de la Sierra Madre ainsi que les monts Mitumba, en République démocratique du Congo.

Sous haute tension

Un éclair libère une tension incroyable de 100 millions de volts et une intensité de plus de 100000 ampères. En comparaison, une prise électrique dispose de 230 volts et de 10 ampères. A cela s’ajoute le fait que ce phénomène météorologique atteint une chaleur de 40000 °C. A ses côtés, la température de la surface du soleil (5800 °C) est presque déconsidérée… On pourrait dès lors s’imaginer que les éclairs seraient une formidable source d’énergie, s’il était possible de la capter. Mais ne nous y trompons pas car les 80000 éclairs locaux délivrant chacun environ 16 kWh ne permettraient d’obtenir au total que 1,28 million de kWh, soit de quoi alimenter en électricité seulement 246 foyers pendant un an. L’énergie solaire est à cet égard beaucoup plus intéressante.

Plusieurs types d’éclairs

Outre des éclairs qui descendent des nuages vers le sol avec un sifflement caractéristique, il en existe deux autres types: certains passent d’un nuage à un autre tandis que d’autres partent du sol vers les nuages. Ce phénomène inversé se produit ainsi: lorsque l’éclair se charge, se crée tout d’abord un pré-éclair invisible. Sur sa trajectoire descendante peuvent apparaître des ramifications dues à une répartition spatiale irrégulière de la force électrique de l’éclair. Lorsque celui-ci s’approche du sol, un éclair plus petit provenant d’un point élevé (clocher d’église ou arbre, par exemple) vient à sa rencontre. Si les deux entrent en contact, on observe alors un éclair principal projeté dans le ciel à la vitesse de 100000 km/h. Lorsque l’éclair est uniquement une lueur que l’on aperçoit de très loin dans un nuage, on parle alors d’éclair de chaleur.

La foudre: on s'en protège en se mettant à l'abri dans un bâtiment ou dans une voiture.

Un danger pour l’homme

Si les orages peuvent causer de gros dégâts aux habitations, ainsi que dans le domaine de l’agriculture, ils sont aussi un danger pour l’homme. «Il y a toutes sortes de mésaventures qui peuvent se produire lors d’un orage. Le risque de foudroiement est important et peut s’avérer extrêmement dangereux en plaine ou en montagne. Pour les alpinistes, il est beaucoup plus difficile de se mettre à l’abri lorsqu’ils font une marche ou une ascension.»

A cela s’ajoute, en cas d’orage très fort, le risque d’accidents sur les routes ou sur les lacs. Et Philippe Jeanneret de se remémorer une régate qu’il a vécue à Versoix (GE) en 1998, où il y avait une centaine de bateaux et où s’est développé en 20–25 minutes un orage d’une très grande violence, accompagné de vents de plus de 110 km/h. «Une déferlante s’est abattue sur les régatiers, tous les bateaux se sont couchés, on n’arrivait plus à affaler les voiles.» Au verdict, ce tragique rappel: neuf bateaux ont coulé et un homme s’est noyé.

Se protéger de la foudre

Du risque de foudroiement, le principal conseil pour s’en protéger, «est de se mettre à l’intérieur d’un bâtiment ou d’une voiture». Le principe dit de la cage de Faraday se produit: la charge électrique se répartit tout autour, soit du bâtiment, soit de la voiture. «Elle constitue un abri très efficace contre le foudroiement. Il arrive même, relève Philippe Jeanneret, que des voitures soient foudroyées et que le conducteur ne s’en rende pas compte.» Voilà pour la prévention principale. Et de manière générale, il faut faire attention à tout ce qui est métallique, comme se trouver à côté d’un pylône. A éviter également, les effets de pointe – ce qui est pointu –, un arbre isolé au milieu d’une plaine va en effet favoriser le passage de l’électricité et peut s’avérer extrêmement dangereux.

Au temps pour moi!

Le temps est partout dans nos conver­sations. Mais quelle est la phrase que glissera notre spécialiste météo dans les poches de notre été? Cette expression de Jules Renard (1864−1910) que Philippe Jeanneret affectionne particulièrement: «L’espérance, c’est sortir par un beau soleil et rentrer sous la pluie.» Et de nous donner encore un coup de foudre pour ce «au temps pour moi» de l’Ancien Régime où le militaire s’excusait de n’avoir pas fait la manœuvre dans les temps…

 


Sites de référence et appli

  • Le site de l’Office fédéral de météorologie et de climatologie MétéoSuisse: www.meteosuisse.ch
  • Le site de la RTS: www.rts.ch/meteo
  • Une appli (gratuite) à télécharger pour avoir des prévisions heure par heure, des alertes en cas d’intempéries, etc: alarmemeteo.ch