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Un Noël qui swingue!

Déclinées dans tous les styles, les chansons de Noël sont un passage obligé pour tous les artistes anglo-saxons. Découvrez l’improbable histoire d’un genre au succès planétaire.

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Getty Images
18 décembre 2020

TOUTES LES MUSIQUES EN BAS DE PAGE

 

 

Sans les chansons qui l’accompagnent, Noël n’aurait jamais la même allure. Les rois incontestés de la discipline sont Anglo-Saxons et on ne compte plus les artistes de renom qui en ont sorti, tous styles musicaux confondus, du swing au rock, du reggae au rap, du R’n’B à la pop. Si, chez les francophones, le genre se réduit à quelques titres traditionnels comme Petit Papa Noël, dès qu’on traverse la Manche, puis l’Atlantique, c’est le raz-de-marée! Il y a quelques semaines, Robbie Williams revenait avec le très pop Can’t Stop Christmas et U2 mettait à sa sauce I Believe In Father Christmas de 1975. Pour eux, «no problem», l’art n’a rien de ringard. Cela fait au contraire partie de la culture d’une rock star. Et il y en a pour tous les goûts, tous les publics, même les adolescents avec Justin Bieber, Katy Perry ou Billie Eilish!

Les ingrédients du succès

La recette de la réussite? Un Noël profane qui célèbre l’hiver, la famille, le Père Noël (Santa Claus), les rennes volants et autres enchantements dont les Américains ont le secret. Le tout avec une musique bien balancée qui donne le sourire. Il suffit d’écouter Frosty The Snowman (1950) pour en être convaincu. Un bonhomme de neige qui prend vie et joue avec les enfants jusqu’au printemps, n’est-ce pas merveilleux? Ou encore Santa Claus Got Stuck In My Chimney (1960), où Ella Fitzgerald écrit une lettre au Père Noël, qui était resté coincé dans la cheminée de ses parents l’année précédente, pour lui dire qu’il peut revenir, car son père a reconstruit une cheminée plus large!

Le secret, donc? De la légèreté, de la magie… et une chanson qui a inspiré toutes les autres: White Christmas de Bing Crosby (1941). C’est là que la sauce prend: «Le morceau entre en adéquation parfaite avec l’histoire, indique Steven Jezo-Vannier, auteur de Jingle Bells – L’improbable histoire des chansons de Noël (interview en page 21). Il sort le 25 décembre, quinze jours après l’attaque de Pearl Harbour, et arrive comme un baume réconfortant pour les «boys» envoyés sur le front. C’est le disque le plus vendu aux Etats-Unis, voire au monde.»

Du crooner au rocker

Bing Crosby va avoir une influence colossale. Toute une vague de crooners vont s’approprier les chansons de Noël en se calquant sur White Christmas. Frank Sinatra, Nat King Cole, Dean Martin mais aussi Judy Garland, Ella Fitzgerald ou Doris Day. Comme les grandes figures du show-business le font, tout ceux qui veulent obtenir une certaine renommée appliqueront la recette. Comme Elvis Presley. Fustigé par les bien-pensants, le porte-drapeau de la «rebel attitude» va se racheter une bonne réputation en sortant un album de Noël en 1957.

Aucun style musical ne leur résiste

Les chansons de Noël n’appartiennent à aucun style, même s’il y a une prédominance du swing-jazz, hérité de Sinatra. La preuve avec le succès des albums du Canadien Michael Bublé, qui s’en est fait une spécialité. Pop, punk, rock, soul, metal, funk, R’n’B, les mélodies de décembre ne connaissent aucune frontière. David Bowie, James Brown, Bob Marley et même le rappeur Snoop Dogg s’y collent. C’est le genre caméléon par excellence!

Le thème des paroles a, quant à lui, beaucoup évolué. «On se rend compte à quel point il y a eu une laïcisation du contenu, observe Steven Jezo- Vannier. Le Père Noël a mis dehors Jésus. Et les lutins ont remplacé toute la cohorte des saints et des anges. C’est l’un des secrets de leur succès, car cela parle à tout le monde!»

Le fantastique émerveille!

Noël est indissociable du monde de l’enfance. De ce monde merveilleux où le vieux barbu distribue tous les cadeaux en une nuit. «Quand on fouine derrière la nature mélodique des chansons, on découvre qu’elles ont une grosse portée nostalgique, explique Steven Jezo-Vannier. Elles arrivent à nous ramener en arrière, dans le monde de l’enfance, et à cette espèce d’émerveillement. Elles créent une soupape qui colle idéalement au début de l’hiver après un mois de novembre morose.» On sait que la musique a des effets sur les hormones du bonheur comme la sérotonine et la dopamine et, selon des études, il y a des booms avec certaines chansons de Noël qui décuplent encore davantage cet antidépresseur naturel!

La dimension rituelle des chansons de Noël est donc fortement liée à un processus de reproduction. Chaque année, au mois de décembre, rebelote. On écoute les mêmes morceaux, dans leurs versions traditionnelles ou chantées par tel ou tel artiste. C’est le cas par exemple de Mariah Carey, avec son album de Noël en 1994. «Quel coup de génie! Aujourd’hui, avec sa jupette sexy de Mère Noël, c’est la reine des neiges! Son All I Want For Christmas Is You résume presque tout. La génération née dans les années 1980, qui a grandi avec cette chanson, est devenue parente à son tour. Elle a maintenant ses propres enfants avec lesquels elle fête Noël. Et c’est reparti pour un tour!»

En adéquation avec l’air du temps

Parmi les titres les plus célèbres trônent des classiques des années 1940 et 50, Let It Snow, Santa Claus Is Coming To Town ou Have Yourself A Merry Little Christmas. Il n’y a que deux chansons composées après 1965–1970 qui sont aujourd’hui associées à la tradition, celle de Mariah Carey et Last Christmas du groupe Wham.

Comme le rappelle Steven Jezo-Vannier, l’un des ingrédients phares de leur succès est qu’elles entrent en adéquation avec leur temps. Celles de Bing Crosby et Pearl Harbour ou encore de Mariah Carey et l’enthousiasme pour les années 1980 et 90. «Quant au disque A Chrismas Gift For You From Phil Spector, que tous les producteurs reconnaissent comme l’album de Noël parfait, il a fait un flop parce qu’il sort le jour de l’assassinat de Kennedy!» Rien d’étonnant donc que Robbie Williams ait opté pour une chanson de Noël dans l’air du temps avec Can’t Stop Christmas!

Si vous souhaitez aussi découvrir une mélodie de Noël dans le style que vous affectionnez, associez simplement le nom de l’artiste à «Christmas» sur Youtube, vous serez bluffés! Que votre Noël soit musical et qu’il swingue de bonne humeur! 


«Un univers truffé de surprises»

Steven JezoVannier

(36 ans), écrivain et spécialiste de l’univers rock

Pourquoi avoir écrit sur les chansons de Noël?

On pense généralement que c’est un vieux truc ringard, chanté par des starlettes pop en mal de tubes ou des crooners comme Sinatra. En réalité, c’est le passage obligé à tout artiste anglo-saxon et particulièrement américain!

Cette tendance n’a pourtant pas pris dans la culture française…

Dans les années 1950–70, Berthe Sylva, Edith Piaf, Johnny Hallyday ont chanté Noël, mais ce courant était affilié à la chanson réaliste et n’avait rien de funky ni de joyeux. Ça parlait d’orphelins, de morts, etc. Le fameux Petit Papa Noël de Tino Rossi est à l’origine une chanson écrite pendant la guerre qui racontait qu’un enfant suppliait le Père Noël de lui ramener son père prisonnier…

Ces dernières décennies, il n’y a jamais eu autant de sorties de chansons et d’albums de Noël…

Tout à fait. Il y a eu énormément de productions dans les années 1940, 50 et 60. Il y a de nos jours un vrai regain, une explosion. Aux Etats-Unis, des stations de radio sont capables de passer une programmation 100% Noël 24 h sur 24 tout au long du mois de décembre. Ce qui paraît assez insensé de ce côté-ci de l’Atlantique!

Qu’est-ce qui rend ce genre si particulier?

C’est un univers truffé de surprises, de petits secrets et enveloppé de plein de stéréotypes, souvent péjoratifs. On oublie que c’est le style musical qui a la plus grande longévité, puisqu’il est hérité des chants religieux du début du Moyen Age. Il y a aussi toute une histoire sociologique derrière sur l’évolution de la musique, à qui elle appartenait avant, comment elle est devenue un univers profane et quelle influence a eu l’industrie dessus!

Vous dites que ces chansons ont toutes des accords caractéristiques qui sonnent immédiatement.

Oui, on en retrouve la trace jusqu’au fameux White Christmas de Bing Crosby. C’est comme les grelots ou les clochettes, des instruments magiques qui n’existent nulle part ailleurs. Et pif, 50% des chansons de Noël ont forcément des grelots. Il y a comme ça des recettes, des ingrédients nécessaires!

Vous parlez aussi du double sens de certaines de ces chansons…

Oui. Comme avec Elvis par exemple. Dans Santa Claus Is Back In Town, il chante «si tu as été sage, Santa Claus descendra dans ta cheminée ce soir» et c’est le Père Noël qui roule en Cadillac et qui chante ça aux auditrices… Eh bien voilà! Nier le double sens serait absurde. C’est ça qui est fantastique dans ces chants, il y a tout et leur contraire!

Etes-vous devenu fan des chansons de Noël?

Non, pas spécialement. Mais comme j’ai également écrit un livre sur Sinatra, j’adore les chansons de Noël qu’il interprète. J’aime aussi beaucoup l’album d’Ella Fitzgerald A Swinging Christmas, qui balance d’enfer! 

 

Musiques de noël

 

1. Elvis

 

2. The Surfers

3. The Beach Boys

4. Bing Crosby

5. Wham (George Michael)

6. Beatles et John Lennon

7. HAPPY XMAS (WAR IS OVER). (Ultimate Mix, 2020) John & Yoko Plastic Ono Band + Harlem Community Choir

8. A vers Special Christmas / Madonna

9. Christmas in the Stars – R2D2 – We Wish You A Merry Christmas

10. Destiny’s Child

11. Frank Sinatra

12. Johnny Hallyday

 13. James Bond

14. Jackson Five

15. Mariah Carey

16. Justin bieber

 

17. Louis Armstrong

18. Robbie Williams

19. Michael Bublé

 

20. Lady Gaga