«L'amour est la seule chose qui peut nous aider» | Coopération
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INTERVIEW
JON BON JOVI

«L'amour est la seule chose qui peut nous aider»

Lors d’un entretien exclusif avec Jon Bon Jovi, la rock star évoque le plus beau cadeau reçu de ses parents, parle de ses enfants et de son ardeur à laver la vaisselle.

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Clay Patrick McBride
01 avril 2021
Il vient de sortir l'album «2020» avec son groupe: Jon Bon Jovi, à l'état civil John Francis Bongiovi Jr., 59 ans. Il a vendu plus de 100 millions de disques et 34 millions de fans l'ont écouté en concert.

Il vient de sortir l'album «2020» avec son groupe: Jon Bon Jovi, à l'état civil John Francis Bongiovi Jr., 59 ans. Il a vendu plus de 100 millions de disques et 34 millions de fans l'ont écouté en concert.

Bonjour Jon, il y a 20 ans, nous avions réalisé un entretien vidéo diffusé en direct. A l’époque, il avait fallu se rendre dans un studio professionnel...

Mais c’est formidable! Il y a un an, si l’on m’avait demandé de faire un Zoom avec quelqu’un, j’aurais répondu en riant: «Zoom? Qu’est-ce que c’est que ça?» (Rires) Maintenant, je trouve ça bien plus agréable et efficace que de prendre un jet pour donner une interview à l’autre bout du monde.

Alors vous pouvez maintenant nous expliquer par écrans inter­posés pourquoi dans votre dernier single intitulé «Story Of Love», vous abordez l’amour entre les parents et leurs enfants?

Il y a un certain temps, j’étais installé dans cette pièce, d’humeur à écrire, et je tripotais ma guitare. J’ai d’abord voulu écrire une chanson pour ma fille, puis je me suis rendu compte que j’avais déjà fait ça et que, depuis, mes fils étaient jaloux d’elle. C’était donc à leur tour. Une chose entraînant une autre, j’ai fini par réaliser qu’il s’agissait aussi de ma famille, de mes parents, du cycle de la vie. Et tout cela allait bien avec le chaos de 2020.

Qu’entendez-vous par là?

C’est l’année où beaucoup de familles se sont à nouveau rapprochées en raison du Covid. Voilà pourquoi cette chanson devait absolument figurer sur notre album «2020».

Quelles sont les différences entre l’amour que vous portez à vos enfants et l’amour dont vous témoignaient vos parents?

Excellente question! Je pense que de nos jours, les parents sont bien plus proches de leurs enfants. Ma mère a attendu mon 59e anniversaire pour m’expliquer qu’à l’époque, mon père n’avait même pas eu le droit d’assister à ma naissance. Aujourd’hui, certains papas coupent même le cordon ombilical! Ils ne manquent aucun événement sportif et aident l’enfant à faire ses devoirs. De toute ma jeunesse, mon père n’a assisté qu’à deux de mes matchs de football américain et mes parents me laissaient me débrouiller seul avec mes devoirs. En revanche, ma femme a déjà passé son bac cinq fois. Une fois elle-même, et quatre fois avec nos enfants!

Vos parents ont-ils néanmoins été des modèles pour vous?

Leur plus beau cadeau, c’est de m’avoir permis de rêver. Lorsque la musique est devenue ma passion et qu’à l’âge de 17 ans, je jouais dans des bars où je n’avais même pas le droit d’entrer, au lieu de me passer un savon quand je rentrais à 2 heures du matin, ils me disaient: «OK, il faut que tu sois à l’école dans six heures. Mais on comprend ce que tu fais, tu poursuis ton rêve.»

Quels artistes vous ont influencé?

Le musicien le plus important pour moi était le voisin qui m’avait mis une guitare entre les mains. Il m’encourageait alors que je n’étais pas très fort. Si vous regardez ma guitare, vous y verrez d’ailleurs une gravure: «AP 95», pour mon voisin Al Paranello, décédé en 1995. Il y avait également les professeurs de chant qui me disaient que je n’y arriverais pas, et c’était positif, car moi je pensais: «Vous allez voir ce dont je suis capable!»

Votre tube «Livin’ On A Prayer» a été visionné au moins 780 millions de fois sur Youtube. Que pensez-vous en le regardant à nouveau?

Je me dis: «Good job, Jon!» Lorsque j’avais écrit la chanson avec le guitariste Richie Sambora et Desmond Child dans la cave de la maman de Richie, aucun d’entre nous n’aurait pu deviner à quel point elle chamboulerait nos vies.

Vous étiez encore blond, à cette époque!

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je suis content d’avoir encore mes cheveux! Il y a 30 ans, je me disais déjà que je ne deviendrais jamais un de ces quinquagénaires qui se fait les ongles en noir et s’affiche avec un tatouage «bitch» sur le ventre! Non, j’allais mûrir humblement et rester moi-même. En montrant mes cheveux gris, j’ai pensé: «Si j’écris une chanson géniale, les fans voudront l’écouter. Ceux qui ne sont intéressés que par les chevelures peroxydées et les liftings au botox devront vite se trouver une autre coqueluche.»

Jon Bon Jovi, entouré des membres de son groupe créé en 1983, est devenu une superstar avec «Slippery When Wet».

Avez-vous aussi connu une période plus égoïste, hédoniste et malsaine?

Oui, je suis passé par cette phase. Lorsqu’à 21 ans, j’ai signé mon premier contrat de disque, je n’avais qu’une chose en tête: être le chanteur d’un groupe de rock à succès et m’amuser. Bref, le cliché «Sexe, drogue et rock’n’roll» à l’état pur! Mais je n’ai jamais pris de drogues.

J’imagine que l’amour pour votre «high school sweetheart» Dorothea est votre «Beautiful Drug».

Je vois en cette chanson un hymne à l’amour, la seule chose qui peut nous aider à surmonter ces temps difficiles. A l’origine, ce n’était qu’une chanson insignifiante, un clin d’œil. Lorsque la pandémie nous a touchés de plein fouet, je l’ai reprise et retravaillée.

Vous vous engagez à travers votre fondation «Jon Bon Jovi Soul Foundation». On a pu voir sur les réseaux sociaux que vous mettiez la main à la pâte. C’est juste une opération de communication pour la bonne cause?

Absolument pas. Je ne suis pas du genre à me contenter de prêter mon nom et de verser un chèque. Améliorer le sort des défavorisés a été mon moteur. Avant de créer la fondation, j’ai cherché à m’entourer d’une personne compétente pour être conseillé en matière d’aide aux sans-abris. Je l’ai trouvée en sœur Mary, une spécialiste. Jusqu’en 2008, nous avons collecté des fonds qui nous ont permis de construire des logements pour un millier de personnes. Lorsque nous avons été frappés par la crise économique, Dorothea a dit qu’il fallait d’abord calmer la faim. Tout a commencé par une soupe populaire dans la cave d’une église. Mon père était aux fourneaux, ma femme servait et je me chargeais de laver la vaisselle. Aujourd’hui, nous avons trois restaurants «Soul Kitchen» qui fonctionnent selon un modèle que nous avons développé.

Comment ça fonctionne?

Lorsqu’une personne dans le besoin souhaite y manger, elle peut financer son repas en faisant du bénévolat au restaurant. Les clients ayant suffisamment d’argent paient le repas d’une autre personne. Avec l’arrivée du Covid-19, il y a un an, il est devenu impossible de travailler avec des bénévoles qui changent tout le temps. C’est ainsi que je suis revenu à la plonge, cinq jours par semaine, durant trois mois. Quand la pauvreté s’est aggravée avec le confinement et que les portes des restaurants ont fermé, nous avons passé l’été à recueillir des dons de nourriture auprès d’entreprises et à les emballer dans des sachets en plastique pour ensuite les distribuer. Nous avons pu aider quelque 25000 personnes. Après, j’ai eu une hernie et j’ai dû subir une intervention à l’épaule; je fais encore de la physiothérapie. Je ne me suis vraiment pas ménagé!

Vous avez soutenu Joe Biden. Qu’attendez-vous du nouveau président des Etats-Unis?

J’espère que ce sera un excellent président, et je suis confiant. Je pense surtout que c’est le bon président au bon moment, que l’on ait apprécié le mandat de Donald Trump ou pas. Biden a bien plus d’expérience. Même par rapport à Obama, devenu président après un seul mandat de sénateur. Biden connaît l’appareil d’Etat, les chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier, et sait ce que signifie avoir le pouvoir et le perdre. Il a aussi traversé bien des épreuves personnelles qui l’ont rendu empathique vis-à-vis des personnes en difficulté. Voilà pourquoi je pense que la situation actuelle exige un président comme lui.

Pensez-vous que l’humanité sera à la hauteur des défis qui se posent à elle?

Je vais être honnête. Tout ce que l’on peut faire, c’est garder espoir, car des hommes blancs et vieux, comme vous et moi, ont laissé des dégâts. Mais quand je parle à mon fils de 16 ans, il me dit: «Je dois être impliqué et je veux participer, pas seulement pour mes enfants, pour moi aussi.» Il comprend bien que nous serons bientôt morts, mais que lui et ses enfants resteront jusqu’au bout.

Et vous, que saviez-vous à son âge?

Pendant les études secondaires, je ne m’intéressais pas du tout à la politique! Je n’y connaissais rien. De nos jours, les enfants savent ce qu’est le changement climatique, l’hypocrisie, le racisme, la mondialisation ou encore une pandémie. Voilà pourquoi j’ai confiance en la génération des moins de 25 ans.

Votre grand-père maternel avait des origines suisses. Lors de votre concert à Berne en 2018, avez-vous rencontré des parents éloignés?

Non, mais à Noël, ma femme m’a offert les recherches recueillies pour faire un arbre généalogique. Nous sommes maintenant en pleine découverte de nos ancêtres. Je pourrai peut-être vous en dire plus la prochaine fois.