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50 ans de droit de vote des femmes!

Le 7 février 1971, les hommes accordaient enfin le droit de vote et d’éligibilité aux femmes au niveau fédéral. Retour sur une épopée qui fit enfin de la Suisse une véritable démocratie.

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Keystone
25 janvier 2021
En 1969, jamais la place Fédérale  n'avait vu autant de femmes et d'hommes militer pour le suffrage  féminin, accordé depuis longtemps dans les pays limitrophes.

En 1969, jamais la place Fédérale n'avait vu autant de femmes et d'hommes militer pour le suffrage féminin, accordé depuis longtemps dans les pays limitrophes.

Au début des années 1970, la topographie des droits politiques des femmes en Europe se résume en une surface homogène avec un vide en son centre. Partout sur le Vieux Continent, les femmes ont le droit de vote et d’éligibilité, sauf en Suisse et dans la principauté du Liechtenstein. Et au Vatican, bien qu’une seule élection y ait lieu, celle du pape. De plus, le rôle des femmes y est plutôt marginal et risque de le rester encore un moment.

Le 7 février 1971, les Suissesses remportent enfin la victoire, 53 ans après l’Allemagne, 52 ans après l’Autriche, 27 ans après la France et 26 ans après l’Italie. Par 66% de oui et une participation de 58%, les hommes acceptent le droit de vote et d’éligibilité des femmes au niveau fédéral. Un droit qui fut toutefois encore rejeté dans les cantons de Suisse centrale et orientale (Appenzell Rhodes-Extérieures, Appenzell Rhodes- Intérieures, Glaris, Obwald, Schwytz, Saint-Gall, Thurgovie et Uri).

La Suisse romande se démarque

Lors du premier scrutin en 1959, le résultat fut carrément inverse avec un tiers des votes pour et deux tiers contre. Seuls les cantons de Genève, Vaud et Neuchâtel l’approuvent. Ce trio prend alors les devants et décide dans la foulée d’accorder le droit de vote et d’éligibilité aux femmes au niveau cantonal. Le pourcentage de non le plus élevé est enregistré dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures: seuls 5% des électeurs souhaitent le suffrage féminin!

En 1984, avec 2370 voix pour et 2251 voix contre, c’est au tour de la prin­cipauté du Liechtenstein de franchir le pas. Fait remarquable, c’est en 1968 déjà que les Liechtensteinoises ont été autorisées à participer au vote consultatif sur le droit de vote des femmes. Mais ces dernières ne semblent pas avoir été particulièrement soucieuses de leurs droits politiques puisque seules 50,5% d’entre elles ont voté pour.

Site web sur la commémoration du droit de vote des femmes (histoire, événements, etc.): www.ch2021.ch

La marche sur Berne

Le 1er mars 1969 a lieu la marche sur Berne. Menée par Emilie Lieberherr (1924–2011), première conseillère municipale de la ville de Zurich (1970–1994) et conseillère aux Etats du canton de Zurich (1978–1983), 5000 femmes et hommes manifestent devant le Palais fédéral pour le droit de vote des femmes et contribuent ainsi à sa conquête.

La Zurichoise Emilie Lieberherr (PS) a été l'une des forces motrices de l'introduction du suffrage féminin en 1971.

Comportement électoral

Les femmes et les hommes ne votent pas de la même façon. Leurs opinions divergent le plus souvent sur les projets de politique économique et sociale. En plus de leur sensibilité pour les personnes défavorisées, comme l’atteste l’institut de recherche «gfs.bern», les femmes soutiennent plutôt le service public, attachent moins d’importance aux arguments de politique économique et protègent l’environnement de manière plus durable que les hommes. Les plus grandes différences sont observées lors des votations sur la norme pénale antiraciste en 1994 (acceptée par 64% des femmes et 47% des hommes), le droit matrimonial et le droit successoral en 1985 (61% et 48% pour) et l’assouplissement de la Lex Friedrich en 1995 (41% et 53% pour). C’est en 2014 qu’elles font basculer un projet pour la dernière fois, lorsqu’elles empêchent l’achat des avions Gripen (58% de voix contre chez les femmes et 47% chez les hommes).

Les Romands pionniers

Dans neuf cantons, les femmes disposent du droit de vote et d’éligibilité avant le 7 février 1971. Les pionniers en la matière sont les cantons de Vaud (1959), Neuchâtel (1959), Genève (1960) et Bâle-Ville (1966), premier des cantons alémaniques.

Le jour même des votations fédérales de 1959 refusées en masse, le canton de Vaud accorda le droit de vote aux femmes au niveau cantonal et communal. Source: Collection d'affiches/Musée du design de Zurich/ZHDK

Pas de droits politiques

Lorsqu’elle s’inscrit à l’Université de Zurich en 1883, Emilie Kempin-Spyri (1853–1901) est la première Suissesse à faire des études de droit. Quatre ans plus tard, elle obtient un doctorat. Elle est aussi la première femme en Europe titulaire d’un doctorat en droit, mais en tant que femme, elle est privée de droits politiques en Suisse et ne peut par conséquent pas exercer la profession d’avocate. Bien que le sénat de l’Université refuse sa demande d’habilitation auprès de l’Université de Zurich, la nièce de l’auteure de «Heidi» (Johanna Spyri) obtient en 1891 une autorisation exceptionnelle d’enseigner de la part du Département de l’instruction publique.

Village d’insoumis(es)

En 1957, Unterbäch (VS) est la première commune de Suisse à accorder aux femmes le droit de vote et d'éligibilité au niveau communal, ceci en dépit de l’interdiction par le Conseil d’Etat valaisan. La même année, le village adopte encore une fois un comportement réfractaire lors du scrutin fédéral sur l’introduction de l’obligation pour toutes les femmes suisses d’accomplir le service civil: là aussi, le Conseil communal laisse voter les femmes; les votes féminins sont toutefois recueillis dans une urne séparée et annulés par la suite afin de ne pas invalider le scrutin.

Les premières élections

Les conseillères nationales de la législature 1971-1975. Debout (de g. à dr.): Elisabeth Blunschy, Hedi Lang, HannyThalmann, Helen Meyer, Lilian Uchtenhagen, Josi Meieret Hanna Sahlfeld. Assises: Tilo Frey, Gabrielle Nanchen,Liselotte Spreng, Martha Rib et Nelly Wicky.

En octobre 1971, lors des premières élections fédérales avec participation féminine, onze femmes parviennent à se hisser au Conseil national. Parmi celles-ci, on trouve deux Romandes, la Valaisanne Gabrielle Nanchen (PS, 1943–…) et la Fribourgeoise Liselotte Spreng (PLR, 1912–1992), ainsi que d’autres noms illustres comme Josi Meier (PDC, LU, 1926–2006) qui, en 1992, devient la première présidente du Conseil des Etats, Elisabeth Blunschy (PDC, SZ, 1922–2015), désignée en 1977 première présidente du Conseil national, Hedi Lang (PS, ZH, 1931–2004), présidente du Conseil national de 1982, ou Lilian Uchtenhagen (PS, ZH, 1928–2016) qui, en 1983, est la première femme de son parti à être candidate au Conseil fédéral sans toutefois être retenue par la majorité bourgeoise, qui lui préfère Otto Stich (PS, SO, 1927–2012). Enfin, Lise Girardin (PRD, 1921–2010), députée au Grand Conseil genevois, devient la première femme à accéder au Conseil des Etats en 1971.

Appenzellois obligés de donner le droit de vote

Landsgemeinde à Trogen (AR), 1968: «Désolé, Madame, c'est une affaire d'hommes!»

En novembre 1990, Appenzell Rhodes- Intérieures est le dernier canton à introduire le droit de vote des femmes, qui plus est sur ordre du Tribunal fédéral. Sept mois auparavant, ce projet avait encore été refusé par les hommes lors de la Landsgemeinde.

Taux de participation

Lors de la votation sur le droit de vote et d’éligibilité des femmes du 7 février 1971, 57,7% des hommes se rendent aux urnes. Sur les 149 dimanches de votations fédérales (hors élections) qui ont suivi jusqu’à ce jour, le taux de participation n’a été plus élevé qu’à six reprises. Le plus fort taux a été enregistré le 6 décembre 1992 (vote sur l’EEE) avec 78,7%, puis le 20 octobre 1974 (2e initiative contre l’emprise étrangère) avec 70,3% et le 26 novembre 1989 (Suisse sans armée) avec 69,2%.

Première femme au Conseil fédéral

En 1984, Elisabeth Kopp (84 ans aujourd’hui, PRD, ZH) est la première femme à accéder au Conseil fédéral. Dix ans plus tôt, elle est élue à Zumikon (ZH) avec 80% des voix et devient la première présidente de commune de Suisse alémanique.

La conseillère fédérale Elisabeth Kopp lors de la cérémonie d'assermentation le 2 octobre 1984.

La 150e fois

Le 7 mars 2021, le droit de vote des femmes célébrera un anniversaire: depuis son introduction, c’est la 150e fois (hors élections) que les citoyennes suisses seront appelées aux urnes pour des votations fédérales. Celles-ci porteront sur l’interdiction de se dissimuler le visage, les services d’identification électronique ainsi que sur l’accord de partenariat économique de large portée entre les Etats de l’AELE et l’Indonésie.

Droit de vote des femmes au cinéma

Le combat des femmes suisses pour plus d’égalité a aussi son pendant cinématographique. Le dernier exemple en date est «L’Ordre divin» de Petra Volpe, sorti en 2017, dont le rôle principal est incarné par Marie Leuenberger. Avec quelque 360000 entrées, il se classe au huitième rang des films suisses les plus vus au cinéma.

A voir sur RTS Deux, le 2 février à 21 h 05

Livre sur le jubilé

L’historienne Brigitte Studer retrace le long combat pour le droit de vote des femmes, soit 120 ans et plus de 90 votations communales, cantonales et fédérales. On y retrouve des photos emblématiques, comme celles où l’Association suisse pour le suffrage féminin promène un char avec un immense escargot à travers les rues de Berne en 1928.

Vous pouvez commander le livre sur: www.alphil.com