C'est le printemps! | Coopération
X

Recherches fréquentes

INTERVIEW
Sabrina Romeo-Dussart

C'est le printemps!

Et si on profitait de cette saison propice au renouveau pour se mettre davantage en phase avec le cycle des saisons, aussi bien à l’intérieur que dehors? Le point avec la psy et naturopathe Sabrina Romeo-Dussart.

PHOTO
Photo getty images | Charlotte Dequen/DR
22 mars 2021

Notre mode de vie trépidant et hyperconnecté a parfois pu nous couper du rythme naturel des saisons. Comment notre corps réagit-il et comment profiter des bonheurs simples du printemps sans en faire trop? Petit tour des traditions autour de cette saison par Sabrina Romeo-Dussart, naturopathe, sophrologue, dotée d’un cursus universitaire en psychologie et auteure d’un livre qui vient de paraître, Se reconnecter aux saisons, aux Editions Jouvence.

Dans votre livre, vous racontez une légende sur la tradition des œufs de Pâques.

C’est l’histoire d’Eostre, qui est la déesse de la fertilité, de l’enfance – et donc associée au printemps. Au moment du printemps, elle réveille la nature après son sommeil. Que ce soient les animaux, les fleurs, elle s’assure que tout ce petit monde se réveille. Eostre est toujours entourée d’enfants. Un jour, un oiseau vient se poser sur sa main et elle lui murmure un mot à l’oreille. Il se transforme alors en lapin, son animal préféré.

Que se passe-t-il ensuite?

La déesse se rend compte que l’animal est triste, parce qu’il ne peut plus voler ni chanter comme avant. Les enfants en sont aussi attristés. Malheureusement, comme elle a transgressé l’une des règles de la nature – qui est de ne pas faire de mal à l’autre –, Eostre perd ses pouvoirs et ne peut donc pas revenir en arrière. Mais on raconte qu’elle retrouve ses pouvoirs à la veille du printemps, et alors elle retransforme ce lapin en oiseau. Et lui, pendant ce temps-là, il pond. Pour remercier les enfants qui ont été compatissants avec lui, il leur distribue ses œufs.

Le printemps rime avec fertilité. Quel est notre rapport aux saisons?

Aujourd’hui, on n’est plus très en phase avec elles. On a l’impression de vivre toute l’année en été, c’est-à-dire qu’on est tout le temps à fond, tout le temps sur le même rythme, jamais de temps de repos ni de ralentissement. Sauf que les saisons continuent d’influencer aussi bien notre corps que nos émotions. Et au bout d’un moment, ça crée un décalage. Si on ne respecte pas le repos de l’hiver, c’est plus difficile d’avoir cette vitalité, cette énergie qui revient au printemps. Cela engendre pas mal de fatigue, des pathologies, des personnes qui peuvent se sentir perdues, beaucoup de stress aussi, forcément.

Le printemps est la saison du renouveau, on a envie de lancer de nouveaux projets.

De manière générale, l’hiver est une saison peu appréciée pour son climat. Elle est beaucoup plus sombre, associée à la mort, au deuil, et on a plutôt hâte d’en sortir. Quand arrive le printemps, on a ce regain d’énergie et l’envie de tout de suite se jeter dans de nouvelles activités, la reprise du sport, de nouvelles rencontres. On a cette énergie qui nous pousse à aller au fond, parce qu’on s’est senti restreint en hiver. Sauf que le printemps est une saison qui reste instable, on le voit avec la météo. On ne sait pas comment s’habiller car le matin, il fait froid, l’après-midi, il fait chaud. Pour imager, le printemps, c’est le réveil du matin. Et le réveil, on y va en douceur, on prend le temps de s’étirer.

Pareil pour la reprise du sport?

Certains n’ont pas arrêté durant l’hiver, et ont vraiment une activité physique régulière. Ils peuvent continuer. Mais souvent, on ralentit bien en automne, on ne fait quasiment rien en hiver et, arrivés les beaux jours, on va courir à fond. Là le corps n’est pas préparé, et on voit beaucoup de tendinites en cette saison. Au lieu d’aller tout de suite courir, il vaut mieux commencer par une marche rapide. Plutôt que de tout de suite faire du crossfit, pratiquer des exercices de renforcement musculaire. Le yoga et le stretching conviennent très bien pour justement étirer le corps, le réveiller en douceur comme un chat après sa sieste.

Côté projets, l’une des activités qui peut enseigner la patience, c’est le jardinage?

Oui, c’est tout à fait en lien avec l’énergie du printemps. Voir toutes ces fleurs s’épanouir, les premiers bourgeons arriver. Il y a certaines saisons pour planter des choses et d’autres non, les végétaux prennent du temps pour pousser, ce qu’on a un peu oublié aujourd’hui.

On connaît bien le rite du grand nettoyage de printemps.

Le printemps est une saison pour dépurer, autant au niveau de l’organisme – on le voit bien avec toutes les détox – qu’au niveau mental, mais aussi de notre intérieur. C’est un moment où l’on peut désencombrer nos logements qu’on aurait un peu trop encombrés pendant l’hiver. Aérer, laisser le vent rentrer, tout nettoyer. Pourquoi ne pas changer la disposition des meubles pour refaire circuler l’énergie? Se débarrasser des vêtements dont on n’a plus besoin, et peut-être descendre les vêtements d’hiver à la cave. Même pour les aliments, pourquoi ne pas faire aussi un tour des placards, regarder ce qui serait périmé, ce qu’on ne va pas forcément manger, les déposer dans une banque alimentaire ou autre chose? Dans le même esprit, faire entrer des éléments du printemps dans notre intérieur, de la couleur verte, avec un coussin, un petit plaid, un vase de couleur verte.

Dans la médecine chinoise traditionnelle, le vert est associé au printemps?

Oui, notre organisme se met au vert, parce qu’on consomme beaucoup plus de légumes, et plus de cru. Pour les yeux, la couleur verte est très apaisante. Tout comme le bleu. Se reposer dans un jardin très vert ou dans une forêt viendrait nourrir notre foie et notre vésicule biliaire, selon cette médecine traditionnelle. Donc ne pas hésiter à faire entrer du vert chez soi.

Et la détox, comment ça marche?

Ça fait sortir les toxines de notre corps. Soit au moyen de techniques comme l’hydrologie ou le sauna, mais également par les plantes. On sait que le radis noir et l’artichaut drainent le foie. Nous ne sommes pas tous égaux en termes de vitalité. Même si c’est le meilleur moment de l’année pour faire une détox, il est important de consulter un professionnel de la santé: certains feront une détox alors qu’ils sont complètement à plat, et qu’ils devraient d’abord faire une revitalisation. Ça risquerait de créer l’effet contraire: une très grosse fatigue et d’autres petits soucis.

Pourquoi est-ce la meilleure saison pour faire une détox?

Parce qu’il y a vraiment une montée d’énergie. L’automne aussi peut être intéressant, mais de manière moins intense, et l’hiver et l’été pas du tout, parce que notre corps est déjà obligé de s’adapter au climat qui est soit beaucoup trop froid, soit beaucoup trop chaud.

La détox, c’est fatigant?

Ça demande des ressources, un bon capital vitamines, minéraux, oligo-éléments. On va surstimuler le foie. S’il est déjà fatigué, ou si le reste du corps est fatigué, on risque de créer davantage de fatigue sur cet organe.​

Pour cette détox, peut-on résumer en disant que les légumes de saison conviennent bien?

De toute façon, la nature a fait en sorte qu’on ait ce dont nous avons besoin. On voit bien qu’en hiver, on trouve des légumes et des fruits avec des chairs assez fermes, qui ont quelque chose de robuste. Alors qu’en été, on va sur des fruits et des légumes gorgés d’eau. Comme il fait plus chaud, on se déshydrate plus facilement. Au printemps, on a les radis qui sont hyper bons pour le foie, la betterave. Et le citron va aider. Il a une saveur acide, et c’est la saveur qui est mise en avant par la médecine chinoise pour cette saison.

Quelles activités conseillez-vous au printemps?

En médecine chinoise, le climat du printemps est le vent, donc pourquoi ne pas jouer avec un cerf- volant? En général on n’aime pas le vent, mais planter des petits moulins sur un balcon dans un pot de plante peut le rendre ludique. Le cerf-volant, c’est intéressant pour apprendre à lâcher prise. On le contrôle, mais il fait aussi ce qu’il veut. C’est une jolie métaphore.