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Enquête sur nos racines

Partir à la recherche de ses ancêtres demande du temps et beaucoup de patience. René Bernoulli et Roland Schär se sont lancés dans cette quête, chacun à sa manière.

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Heiner H. Schmitt, DR
04 janvier 2021
Marcel Bernoulli est un descendant direct de la célèbre famille bâloise.

Marcel Bernoulli est un descendant direct de la célèbre famille bâloise.

Qui suis-je? Quelles sont mes origines? Deux questions que chacun se pose au moins une fois dans sa vie. L’intérêt pour notre ascendance est profondément ancré en nous, car nous héritons une grande partie de notre personnalité et de notre caractère des générations qui nous précèdent. La généalogie, ou recherche généalogique, est une activité très prisée depuis des années. Ceci grâce à internet où l’on trouve presque tout, facilitant aussi l’accès aux écrits du passé. Les sites de généalogie font partie des sites les plus consultés de la Toile. Parallèlement, il existe plus de centres de recherche dans le monde qui peuvent aider à retrouver des ancêtres. Dans la plupart des recherches apparaît le site de généalogie «Familysearch» des mormons. Selon ce dernier, jusqu’à 50 millions de personnes par heure tentent d’y accéder pendant les pics d’utilisation. 

Mathématicien de renom

Il y a 48 ans, le Bâlois René Bernoulli (1942-2016) entreprit lui aussi une vaste recherche généalogique sur sa famille. «La connaissance de ses origines permet de développer une plus grande confiance en l’avenir.» C’est avec cette dédicace qu’il remit le Livre des Bernoulli à son fils qui venait d’obtenir son diplôme en biologie. Au fil de 237 pages, le médecin y relate, avec l’aide de son frère Lion (72 ans), l’histoire de la célèbre famille de savants bâlois jusque dans le moindre détail.

Equation de Bernoulli

Les deux auteurs ne se contentent pas de présenter la biographie des mathématiciens Jacob (1655-1705) et Daniel Bernoulli (1700-1782), qui acquirent une renommée mondiale grâce à leurs travaux sur la théorie des probabilités et l’équation des courants (équation de Bernoulli). Ils s’interrogent également sur les origines et les racines de leur famille. «Nous avons essayé de retrouver tous les descendants de Leon Bernoulli d’Anvers (décédé en 1561) et d’en esquisser une biographie», écrit René Bernoulli dans sa préface. «Le livre a été publié en 1972, à l’occasion du 350e anniversaire de la naturalisation de la famille Bernoulli, venue d’Anvers pour s’installer à Bâle», explique Marcel Bernoulli qui, avec ses études en biologie, reste fidèle à la tradition d’érudition de ses ancêtres. Son père a soigneusement étudié toute l’histoire de sa famille et rassemblé une mine d’informations. Pour cela, il s’est rendu à maintes reprises aux archives d’Etat de Bâle et de Francfort (où une branche de la famille Bernoulli s’est fait naturaliser en 1570). «Mon père a même dû apprendre à lire l’allemand ancien pour pouvoir déchiffrer les vieux documents», souligne Marcel Bernoulli. L’Edition Bernoulli, une branche de recherche de l’Université de Bâle, ainsi que l’arbre généalogique déjà établi par l’architecte Hans Benno Bernoulli (1876-1959), l’ont aussi beaucoup aidé dans sa quête. Tous les généalogistes amateurs n’ont pas la chance de pouvoir me re la main sur une documentation aussi riche. Certains n’ont guère plus de succès sur le web et ses portails de généalogie en ligne qui, soit dit en passant, gagnent beaucoup d’argent grâce à ces recherches. En effet, les familles ne sont plus aussi sédentaires qu’autrefois et n’ont plus autant de liens avec leur région d’origine. Elles sont, au contraire, éparpillées dans le monde entier, ce qui se traduit non seulement par la perte de contact, mais aussi par l’interruption de la transmission de l’histoire familiale. Et c’est précisément pour ce e raison que de nombreuses branches de migrants s’intéressent vivement à leurs ancêtres et aux origines de leur famille. 

Un intérêt tardif

Après la mort de ses parents, Roland Schär est parti à la recherche de ses origines.

C’est le cas de Roland Schär (61 ans) qui a trouvé son bonheur à l’étranger et cherche aujourd’hui à en savoir plus sur ses origines dans son pays de naissance. Né à Birmensdorf (ZH), il vit depuis près de quarante ans à Paris, où il est artiste peintre et professeur de graphisme textile dans l’une des plus grandes écoles de design françaises. «Mon intérêt pour l’histoire de mes ancêtres m’est venu tardivement», raconte-t-il. Il a commencé par s’interroger sur ses origines. En habitant la maison de ses parents à la suite de leur décès, il découvre un livre sur le lieu d'origine de sa famille. «Le nom de famille Schär y apparaissait relativement souvent et j’ai voulu savoir s’il s’agissait de mes ascendants.»

Faire appel à un professionnel

Roland Schär avait connaissance de certains liens avec sa famille, «mais je ne remontais pas plus loin que mes arrière-grands-parents», indique notre interlocuteur. Il intensifie alors ses recherches à l’aide d’internet, mais doit vite admettre que la tâche est trop compliquée et qu’il manque de temps pour approfondir son travail. Il se penche toutefois sur sa propre ascendance et fait appel à Yvonne Hausheer (53 ans), généalogiste professionnelle. Celle-ci enquête tout d’abord sur les ancêtres paternels de Roland Schär.

«Mes recherches m’ont permis de constater que ces derniers bougeaient relativement peu et qu’ils restaient plusieurs décennies dans le même village suisse, comme la plupart des gens à ce e époque», commente-t-elle. Les recherches du côté de sa mère Emma Schär-Will (1928-2013) effectuées par la suite se révèlent en revanche plus difficiles. La généalogiste découvre que cette famille a émigré de Cassel, dans le nord de l’Allemagne, pour venir s’installer en Haute-Argovie bernoise vers la fin du XVIIIe siècle. «Il est impossible de savoir exactement à quelle date», indique-t-elle. Le document le plus ancien sur lequel Yvonne Hausheer a pu mettre la main en Suisse date de 1780. «La famille a donc dû émigrer avant cette année-là.»

Des raisons souvent inconnues

La question que se pose maintenant Roland Schär, et à laquelle personne ne peut vraiment répondre est la suivante: pourquoi les ancêtres de sa mère ont-ils autrefois quitté le nord de l’Allemagne pour aller s’installer en Haute-Argovie bernoise? Quelles étaient les raisons sociales de ce e émigration? Depuis, il a appris qu’ils ont résidé pendant longtemps dans le canton de Berne en tant que Landsassen (qui bénéficiaient d’un droit territorial, mais pas du droit bourgeois). «Ce type de découvertes relativise le présent et donne un aperçu de la société de classes d’autrefois, ainsi qu’un nouvel angle de vue sur l’histoire en général », remarque Roland Schär. En plus de ces informations, Yvonne Hausheer a pu prouver que son client est un lointain parent d’Eduard Will (1854-1927), un politicien et économiste bernois qui siégeait au Conseil national (1896-1919), et qui figure de ce fait dans le Dictionnaire historique de la Suisse.

«On peut retrouver ses ancêtres jusqu'au milieu du XVIe siècle»

 Yvonne Hausheer est généalogiste.

Yvonne Hausheer, comment un novice doit-il procéder pour rechercher ses ancêtres?
Avant la recherche auprès des organismes officiels et dans les archives, il convient d’interroger les membres et les amis de la famille afin de rassembler autant d’informations que possible. On découvre alors souvent que l’un d’entre eux détient des documents officiels de parents ou grands-parents décédés. Il existe peut-être déjà un tableau généalogique. Ensuite, les informations transmises oralement doivent être confi rmées par des sources telles que des cartes d’identité, des cartes de fiançailles ou des annonces de naissance.

Où obtient-on des données sur l’état civil de ses ascendants?
Les autorités de surveillance sont responsables des demandes d’accès et de consultation du registre d’état civil. La plupart de ces bureaux ont créé sur leur page d’accueil une rubrique spéciale pour les recherches généalogiques. Il est déterminant de savoir à quelle date a eu lieu l’événement qui doit être confirmé. Il y a ensuite la durée de protection. La date limite pour les naissances est le 1er janvier 1900, le er janvier 1930 pour les mariages et le 1er janvier 1960 pour les décès. Tout ce qui est antérieur à ces dates relève des archives et est, en principe, consultable par tous. Les renseignements concernant des personnes à des périodes ultérieures à la date limite ne s’obtiennent toutefois que sous certaines conditions. Il n’y a aucun problème s’il existe un lien de parenté direct – parents, grands-parents et ascendants de la même lignée. Mais en général, le bureau d’état civil ne donne pas d’informations personnelles concernant les autres membres de la famille.

Les demandes de renseignements sont-elles payantes?
Oui, et les émoluments sont les mêmes dans toute la Suisse. Une copie d’archives non certifiée coûte 2 francs par page. Le prix pour les données personnelles dont le délai de protection n’est pas échu est de 30 francs pour un événement (naissance ou décès, par exemple) et de 40 francs pour l’acte de famille d’une personne, puis 10 francs pour chaque personne supplémentaire. 

Quel est le rôle du lieu d'origine dans la recherche?
Pour tous ceux qui font des recherches généalogiques, le système suisse de lieu d'origine est une véritable mine d’informations. Indépendamment de l’endroit où Madame ou Monsieur Untel a passé sa vie, son lieu d'origine a été informé de tous ses changements d’état civil, et ce depuis des siècles.

Jusqu’à quelle date peut-on remonter dans le temps?
En Suisse, nous avons la chance d’avoir été épargnés par la guerre. C’est grâce à cela qu’il est possible de retrouver les traces de nos ancêtres jusqu’au milieu du XVIe siècle, environ – et ce quelle que soit la classe sociale et indépendamment du lieu d’habitation. 

Quelle est l’utilité des registres paroissiaux?
Les registres paroissiaux contiennent la liste d’événements individuels, comme les baptêmes, les mariages ou les enterrements qui ont eu lieu dans la paroisse. S’ils sont correctement tenus, ils permettent de remonter jusqu’aux environs de 1550.

Ces documents sont parfois écrits en allemand ancien. Qui peut nous aider à les lire?
Les associations de généalogie organisent régulièrement des cours, souvent en collaboration avec des universités populaires. Plusieurs cours sont également proposés dans les universités. Il existe aussi diverses possibilités sur internet. L’apprentissage de la lecture de documents anciens est principalement une question d’entraînement et de persévérance. Ceux qui veulent aller plus vite et ne pas y passer trop de temps peuvent s’adresser à des généalogistes professionnels.

Les mormons ont joué un rôle important en matière de généalogie. En quoi l’«Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours» peut-elle nous aider dans nos recherches? 
Chez les généalogistes, cette communauté est appelée «Familysearch». Elle a beaucoup oeuvré pour la recherche généalogique le siècle dernier en transférant sur microfilms les registres de ses églises dans le monde entier. L’ensemble représente aujourd’hui des centaines de milliers de documents micro fi lmés et des bases de données sur près d’un milliard de personnes. Depuis quelques années, beaucoup de ces microfilms ont été numérisés et rendus accessibles sur le web. Certains registres d’églises de divers cantons suisses sont désormais consultables à domicile, via «Familysearch».