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TOURISME
GESTION DU VERTIGE

La grande peur dans la montagne

Vertige, peur bleue de tomber lors des descentes? Des stages, in situ, existent pour retrouver confiance en ses capacités et faire des randonnées où le plaisir éclipse l’angoisse. J’ai testé pour vous cette méthode «douce» à Torgon, en Valais.

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Louis Dasselborne
21 juin 2021
Traverser une passerelle  qui bouge lorsque souffle le vent, comme ici à Torgon, représente  un défi de taille pour les personnes souffrant de vertige.

Traverser une passerelle qui bouge lorsque souffle le vent, comme ici à Torgon, représente un défi de taille pour les personnes souffrant de vertige.

Dans un groupe, être le dernier, celui qui freine tout le monde, n’a rien d’amusant. Se mettre la pression et nourrir un sentiment d’échec n’arrange rien à l’affaire. Heureusement des techniques existent, étonnement simples, pour apprendre à poser son pied correctement, en fonction des terrains et à gérer le vertige lors d’un passage sur une passerelle, par exemple. Le duo de choc Stéphane Genet, accompagnateur en montagne (36 ans) et Aude Charles (40 ans), psychologue spécialisée en stress intense, ont mis en place des stages en Suisse romande pour aider les personnes qui souffrent du vertige ou d’angoisses lors des descentes. «Ça change la vie. J’ai toujours aimé les randonnées mais mes peurs me bloquaient», témoigne la Fribourgeoise Sophie Jordan Saner (50 ans), employée de commerce, qui a déjà suivi plusieurs stages en montagne.

Randonner sans trembler

Quelle que soit la formule choisie, «peur du vide» ou «pied sûr», la journée débute par une marche tranquille, à plat. «Cette partie est très importante, pour se mettre dans le bain, apprécier le paysage, se calmer», explique Stéphane, ancien banquier et ingénieur informatique devenu guide de montagne, une passion qui l’anime depuis son plus jeune âge.

Aude nous demande alors d’emprunter le plus rapidement possible un sentier qui monte. «Le but est de retrouver les mêmes sensations physiques que provoque la peur, indique-t-elle. La respiration qui s’accélère, les muscles qui se tendent, le cœur qui bat plus vite, chacun vit cette étape en silence, dans sa bulle.» On constate surtout que ces effets secondaires n’ont rien de dangereux. Pour retrouver le calme, la psychologue propose d’explorer trois pistes: kinesthésique (par le toucher), visuelle ou olfactive. Chaque personne tendrait vers l’une ou l’autre de ces pistes. Tapoter sur ses bras, sentir un flacon d’huiles essentielles ou regarder une image ou un objet, il s’agit de trouver la manière qui nous correspond.

«Les chaussures profilées s'accrochent au terrain», nous explique Stéphane Genet, accompagnateur en montagne, lors du stage nommé «pied sûr».

Genoux fléchis, le corps droit

Après la partie théorique sur le fonctionnement de la peur, les choses sérieuses commencent. Place à la descente. Stéphane nous avait demandé de prendre notre matériel habituel, chaussures de marche et bâtons si l’on s’en sert. «Cela permet de tester son matériel et d’être conseillé si nécessaire», ajoute-t-il. Genoux légèrement fléchis, le corps droit, «surtout pas penché en arrière», l’accompagnateur conseille de marcher très lentement, en tâtant d’abord le terrain d’un pas lent, prudent.

Appuyer sur le sol avec un pied posé entièrement à plat, droit, pour vérifier la stabilité du sentier, puis se tenir en équilibre quelques instants sur une jambe pour s’assurer encore davantage que rien ne bouge: c’est peut-être le conseil qui me sera le plus utile, car j’avais tendance à avancer comme un crabe, sur le côté, les pieds perpendiculaires au chemin. Bien régler ses bâtons (le coude en angle droit), les poser devant ses jambes, fait aussi partie des astuces pour gagner en confiance.

Petit à petit, le corps s’habitue aux mouvements, au terrain, pour se détendre progressivement. «Randonner doit rester un plaisir. C’est important de communiquer sa peur et d’être compris», insiste Aude qui mentionne «les 10 commandements de la peur», inspirés du psychiatre français Christophe André (lire ci-dessous).

Pour apprivoiser sa peur du vide, les participants du stage font un dernier exercice: ils s'assoient sur la passerelle, s'habituant au nouvel environnement.

Dompter le vertige

Pour vaincre la peur du vide, d’autres exercices sont conseillés. Là encore, le cours débute par une randonnée. «Sur une passerelle, fixer un point immobile, un tronc d’arbre par exemple, durant quelques instants, peut aider à calmer son angoisse, explique la psychologue. Ne surtout pas regarder des éléments qui bougent, telles les feuilles des arbres.» Et pour les personnes les plus touchées par cette phobie? Marcher à la queue leu leu en se tenant au sac à dos de la personne en face. «Fixe le sac, dis-moi ce qui est écrit sur l’étiquette», lance-t-elle à Christine Mauron, une mère de famille de 46 ans sujette au vertige, venue assister au stage en piqûre de rappel. «A la fin de la journée, nous ne sautons pas à l’élastique, sourit Stéphane, mais c’est impressionnant de voir les progrès que l’on peut faire en quelques heures seulement.» Et lorsque le corps s’est habitué à son nouvel environnement, les coachs conseillent de s’asseoir sur la passerelle et d’y rester un instant pour ancrer une sensation d’apaisement où le vide n’est plus à craindre.

Infos: www.exosport.ch ou www.ancoris.ch

 


Les 10 commandements contre la peur

A mettre dans son sac à dos

 

Désobéissez à vos peurs!
Si vous obéissez à votre peur à chaque fois qu’elle vous dit «ne fais pas cela», elle n’a aucune raison de diminuer. Il faut considérer la phobie comme un hôte indésirable, à qui l’on demande de quitter les lieux.

Informez-vous vraiment sur ce qui vous fait peur.
Chaque phobie traîne son lot de croyances. Elles paraissent absurdes et excessives aux yeux des personnes non phobiques.

N’ayez plus peur de la peur.
Il est normal d’avoir peur.

Modifiez votre vision du monde.
Plus on a peur, plus nos signaux d’alarme deviennent déficients. Il faut comprendre ses réactions et les défier pour ne pas se laisser happer par nos scénarios catastrophe.

Confrontez-vous selon les règles.
L’exposition à la peur est une règle fiable pour se désensibiliser de sa phobie. Mais pour cela, l’exposition doit être:
a) longue
b) complète (pas d’évitement)
c) répétée
d) progressive

Respectez-vous et faites respecter vos peurs par les autres.
Oser parler de ses peurs permettra de formuler plus facilement ses demandes d’aide.

Réfléchissez à votre peur, son histoire et sa fonction.
Réfléchir à l’histoire de sa peur, comment s’est-elle installée et comment a-t-elle gagné du terrain.

Prenez soin de vous!
L’exercice physique permet de reproduire en partie les sensations physiologiques de la peur (l’accélération du rythme cardiaque, l’hyperventilation, la transpiration). Se familiariser avec ces sensations nous rend ensuite moins réactif à la survenue des mêmes phénomènes dans les situations angoissantes.

Apprenez à vous relaxer et à méditer.
Les peurs s’expriment au travers du corps. La méditation consiste à entraîner peu à peu sa conscience à rester dans un état d’acceptation tranquille. N’hésitez pas, par exemple, à faire un tetris ou un autre jeu directement après la panique: cela évite de fixer les émotions dans le cerveau.

Maintenez vos efforts sur la durée.
Si l’on a su surmonter sa phobie une fois, c’est comme faire du vélo, cela ne s’oublie pas. Mais cela s’oublie encore moins si l’on continue souvent à faire du vélo...