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Les séries TV, reines du divertissement

Les séries connaissent un immense engouement, au point d’avoir engendré un phénomène social baptisé «sériephilie». Pleins feux sur les raisons d’une telle déferlante.

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GETTY IMAGES, DR
05 mars 2021
Ordinateur et tablette sont les principaux médias pour regarder  les séries.

Ordinateur et tablette sont les principaux médias pour regarder les séries.

Raz de marée, avalanche: l’irruption, l’enracinement et le succès des séries télévisées dans notre vie quotidienne sont si fulgurants et pérennes que le phénomène mérite d’y braquer nos plus puissants projecteurs. Cette nouvelle manière de consommer l’offre audiovisuelle a acquis un poids tel qu’elle a engendré un néologisme, la «sériephilie», par analogie avec la cinéphilie.

Explosion du nombre de productions

Quelques chiffres donnent la mesure de ce séisme sociétal: entre 2015 et 2019, le nombre de séries produites chaque année au sein de l’Union européenne a bondi de 400 à 530, avec la Grande-Bretagne dans les habits du principal pourvoyeur devant l’Allemagne et la France. Aux Etats-Unis, berceau historique des séries télévisées, la diffusion de ce type de fictions est passée, sur la même période, de 200 à plus de 500. On fabrique désormais des séries aux quatre coins de la planète. Fait révélateur de cette internationalisation, la Turquie occupe le deuxième rang mondial des pays producteurs, indique un récent article du Spiegel.

Il est tentant, à juste titre, d’expliquer le triomphe des séries par l’avènement des plateformes de streaming, qui fleurissent avec une verve printanière dans nos prairies audiovisuelles (Netflix en tête, mais également, sans prétendre à l’exhaustivité, Disney+, Amazon Prime, Sky Show, MyCanal ou Play Suisse pour la SSR).

Comme le rappelle Mireille Berton, maître d’enseignement et de recherche à la section d’histoire et esthétique du cinéma de l’Université de Lausanne, l’engouement pour les séries remonte au tournant des années 2000, au moment où émerge le troisième âge d’or de la télévision (après celui des années 1950, puis des années 1980). Cette période charnière se distingue par la transition numérique et par la transformation des habitudes de consommation, dans la mesure où les séries peuvent être vues sur une multiplicité de supports et en dehors de la logique de la télédiffusion.

Le rôle des chaînes câblées à péage

«Le regain d’intérêt pour les séries doit beaucoup aux chaînes câblées à péage, comme HBO (Etats-Unis), qui proposent des fictions d’excellente facture, affranchies des contraintes publicitaires et accordant une grande liberté aux équipes de production. Le développement des plateformes de vidéo à la demande durant les années 2010 n’a fait qu’entériner le sacre des séries», souligne l’experte en sériephilie.

Les amateurs de séries sont pour la plupart des adultes qui préfèrent les productions américaines aux œuvres européennes

Fidélisation du public

La numérisation constitue, bien sûr, la base de la pyramide sur laquelle s’est construit le succès des séries, mais d’autres recettes ont permis de les introniser. «Si les séries sont des produits culturels globalisés qui prospèrent grâce aux médias numériques et à la concurrence entre maisons de production, la qualité de l’écriture et de la réalisation, la fidélisation du public, la présence de personnages attachants, ainsi que le traitement de problèmes de société, ont contribué à en faire le divertissement phare de notre époque», souligne Mireille Berton.

L’ancrage des séries dans l’actualité, les enjeux du quotidien, la vie ordinaire forme un autre pilier essentiel de cette lame de fond. Même quand elles évoluent sur le territoire de la science-fiction, les séries apportent des réponses à des questions que soulève le monde actuel, à la fois complexe et incertain. Ainsi en va-t-il de la série française «En thérapie» (2021), qui cartonne à l’heure actuelle sur Arte. Celle-ci met en scène un huis clos entre un psychanalyste et cinq patients au lendemain des attentats terroristes de Paris de novembre 2015. «Elle fait écho à un contexte marqué par une crise sociale, la peur du terrorisme, une montée en flèche des troubles dépressifs, une recrudescence des consultations en psychiatrie et psychologie. En même temps, elle banalise la psychothérapie, la rendant familière aux yeux du public», commente la spécialiste.

Place aux minorités

Les séries télévisées respirent aussi l’air du temps par leur disposition à intégrer des personnages issus des minorités religieuses et ethniques, à l’instar de «Lupin» sur Netflix (France/2021-, avec Omar Sy dans la veste du fils d’un immigré sénégalais), ou des personnages féminins assumant des métiers généralement attribués aux hommes, comme «Candice Renoir» diffusée sur France 2 (France/2013-, avec l’actrice Cécile Bois dans le rôle d’un commandant de police). Pour Mireille Berton, ces productions épousent le mouvement général de remise en question de l’hégémonie du patriarcat blanc, bourgeois et hétérosexuel.

Personnages charismatiques

Mais qu’en est-il du profil type de l’amateur de séries? Si l’on en croit plusieurs enquêtes sociologiques, il s’agit d’un-e jeune adulte (le plus souvent diplômé-e) qui préfère les séries américaines aux séries européennes, les séries récentes à celles du passé et qui les visionne sur son ordinateur plutôt qu’à la télévision.

Le sériephile s’attache à des personnages denses et charismatiques qui semblent appartenir à son quotidien. «Et avec lesquels il a le sentiment d’entretenir une relation d’intimité», précise Mireille Berton. Plus globalement, il est nourri par des œuvres parsemées d’images inquiétantes du monde de demain, hyperconnecté, hypertechnologique et hypersurveillé, à la merci des dérives totalitaires. Dans cette catégorie figurent «Black Mirror» (Grande-Bretagne/2011-2019/Channel 4 puis Netflix), une série sur les dangers des technologies numériques, et «3%» (Brésil/2016-2020/Netflix), un thriller d’anticipation qui décrit une société futuriste divisée entre miséreux et 3% de chanceux formant l’élite.

MIREILLE BERTON

Enseignante en histoire du cinéma

Puissant esprit de groupe

La sériephilie se nourrit, en outre, d’un fort esprit communautaire: les œuvres donnent lieu à des discussions, à des débats qui inondent les réseaux sociaux, les blogs, les sites de fans. «Les séries tissent de nouvelles relations sociales en ce sens qu’elles favorisent le dialogue entre différents groupes sociaux autour d’une passion commune», confirme Mireille Berton. «HBO va, dès le départ, accorder aux fans un rôle très important dans la mise en place d’un discours autour de «Game of Thrones» (Etats-Unis/2011-2019), notamment durant les intervalles séparant la diffusion des différentes saisons, les encourageant à organiser des soirées marathons, leur proposant une chasse aux trésors pour trouver six trônes de fer disséminés dans le monde entier, ou à participer à la création du cri du dragon Viserion.» Et d’ajouter: «La survie d’une série télévisée dépend essentiellement de son public, d’où le développement de systèmes participatifs censés inclure les fans dans le processus créatif.»

 

«Les sériephiles ont un fort esprit communautaire»

Mireille Berton

Une question taraude à ce stade les cinéphiles: les séries représentent-elles le divertissement alternatif au septième art ou, pire, creusent-elles la tombe de l’industrie cinématographique? Mireille Berton balaie les craintes: «Il faut plutôt envisager télévision et cinéma dans leur complémentarité et dans leurs échanges puisque ces deux industries ont toujours collaboré. Il suffit de citer l’exemple de la série télévisée «The Handmaid’s Tale» (La Servante écarlate/Etats-Unis/2017-), coproduite par la MGM et par le site Hulu, ou de «Roma» (2018), diffusé à la fois en salle et sur Netflix.» 


Découvrez une liste des séries cultes au fil des décennies depuis 1950


Top 5 rts 2019–2021

«Capitaine Marleau» (2015–...) L’excentrique capitaine de gendarmerie (Corinne Masiero) adepte de l’humour noir joue les naïves et s’avère bien plus maligne qu’elle n’y paraît aux yeux des coupables. Part de marché: 26%

«La Promesse» (2021) Une fillette disparaît dans les Landes pendant la tempête de décembre 1999. Le capitaine Pierre Castaing mène l'enquête. Vingt ans plus tard, une affaire du même type est confiée à une jeune policière. Part de marché: 25%

«Candice Renoir» (2013–...) Mère de quatre enfants et divorcée, la commandante de police reprend du métier après dix ans d’absence. Part de marché: 23%

«NCIS: enquêtes spéciales» (2003–…) Une équipe d’enquêteurs et de scientifiques tentent de résoudre des affaires criminelles liées à la marine des Etats-Unis. Part de marché: 21%

«Peur sur le lac» (2020) Un virus mystérieux et mortel menace les habitants d'Annecy. Pour combattre cette épidémie, une seule solution: trouver son origine pour arrêter sa propagation. Part de marché: 21,7%


Netflix

Ce qui marche le mieux

* Nombre de foyers qui ont vu la série dans le monde au cours des 28 jours suivant sa sortie.

«La chronique des Bridgerton» (2020–…)

Les amours contrariées de huit frères et sœurs aristocrates, dont Daphne (Phoebe Dynevor), dans le Londres de 1813. Vue par 82 millions de foyers*.

«The Witcher» (2019–…)

La légende de Geralt de Riv (Henry Cavill, «Superman»), l'ensorceleur, et de la princesse Cirilla, dont les destins sont liés. Vue par 76 millions de foyers*.

«Lupin, dans l’ombre d’Arsène» (2021)

Gentleman cambrioleur des temps modernes, Assane Diop (Omar Sy) cherche à se venger d'une injustice faite à son père. Vue par 70 millions de foyers*.

«La casa de papel» (2017–…)

Une bande de braqueurs au grand cœur, en combinaisons rouges et masques de Dali. Vue par 65 millions de foyers*.

«Stranger Things» (2016–…)

Un groupe d'ados de l'Indiana fait face à des phénomènes surnaturels dans les années 1980. Vue par 64 millions de foyers*.

 


Success séries


«Zorro» (1957–1961)

Avec le Robin des Bois de la Californie espagnole, c’est la première fois qu’un grand studio de cinéma (Disney) s’allie à une télévision pour produire un feuilleton.

«Au nom de la loi» (1958–1961)

L’industrie des séries s’attaque à tous les genres cinématographiques en vogue. Comme le western. «Au nom de la loi» propulse Steve McQueen sur le devant de la scène.

«Chapeau melon et bottes de cuir» (1961–1969)

Le succès de James Bond et des films d’espionnage donne naissance à des perles comme cet ovni truffé de fantaisie et de psychédélisme.

«Ma sorcière bien-aimée» (1964–1972)

Dans l’ère de la libération féminine, cette sorcière tente de renoncer à sa nature véritable pour se fondre dans le modèle du couple patriarcal… mais sans jamais y parvenir.

«Star Trek» (1966–1969)

Si la science-fiction reste encore un genre mineur, ce voyage interstellaire fait encore un carton aujour­d’hui avec «Star Trek: Discovery», 6e reboot de la série.

«Mission impossible» (1966–1973)

Immortalisée par la musique de Lalo Schifrin, cette série d’espionnage est devenue un classique, que Tom Cruise porte à bout de bras au cinéma depuis des décennies.

«Columbo» (1968–2003)

Avec des épisodes de près de 90 minutes, le lieutenant le plus tenace de Los Angeles prend un malin plaisir à dévoiler la face cachée du luxe et de la célébrité.

«Arsène Lupin» (1971–1974) Cette coproduction européenne et canadienne est magnifiée par le générique chanté par Jacques Dutronc et les prouesses d’acteur caméléon de Georges Descrières.

«Drôles de dames» (1976–1981)

Ce trio de femmes détectives tient les hommes en respect avec panache. Reflet des mutations sociales en cours, la série transforme le monde audio- visuel de l’époque dominé par les hommes.

«Dallas» (1978–1991)

Première série à susciter un choc quasi mondial et à introduire le fameux «cliffhanger», fin ouverte destinée à créer une forte attente.

«Magnum» (1980–1988)

Le détective à la Ferrari rouge sonne le retour d’un héros moustachu et dragueur, traumatisé par son expérience lors de la guerre du Vietnam.

«MacGyver» (1985–1992)

L’ingénieux écolo au couteau suisse détonne totalement dans le paysage des séries policières où la justice pétarade au son du flingue.

«Miami Vice» (1984–1989)

Les épisodes des aventures de ce duo de flics sont budgétés à plus d’un million de dollars.

«Beverly Hills 90210» (1990–2000)

Collège, richesse, soleil et beauté: ce soap a connu un énorme succès auprès des ados du monde entier.

«X-Files: Aux frontières du réel» (1993–2002)

Le gouvernement des Etats-Unis nous cacherait l’existence des extraterrestres. Scénarios délirants, théories du complot, cet ovni ouvre l’ère des séries postmodernes.

«Friends» (1994–2004)

Incontestable brique de la culture pop, où les stars (invitées) s'enchaînent et le salaire des six acteurs explose tous les records.

«Sex and the City» (1998–2004)

Cette histoire de quatre amies new-yorkaises, trentenaires et célibataires, met dans le mille.

«Desperate Housewives» (2004–2012)

Avec 180 épisodes, «Desperate Housewives» est la plus longue série dramatique mettant en scène des femmes dans les rôles principaux.

«Lost: Les Disparus» (2004–2010)

Créée par le réalisateur J.J. Abrams («Star Wars»), cette série narre la survie des rescapés du crash d’un avion sur une île mystérieuse. Voyage dans le temps et monstres à la clé.

«Game of Thrones» (2011–2019)

Désormais culte, cette saga médiévale-fantastique aux effets spéciaux dignes du «Seigneur des anneaux» est l’une des dernières grandes communions mondiales simultanées.

«Sherlock» (2010–2017)

Le héros de Conan Doyle transposé dans le monde d’aujourd’hui fait mouche avec des épisodes fleuves de 1 h 30. Et deux acteurs, Benedict Cumberbatch et Martin Freeman, qui jouent désormais dans des blockbusters.

«The Crown» (2016–…)

La vie de la reine Elisabeth II, de 1947 à nos jours, est l’une des séries les plus onéreuses de l’histoire avec un budget de 130 millions de dollars par saison.