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Notre petite maison sur roues

Avec la pandémie, le voyage en camping-car a gagné du terrain. Nous avons rencontré deux couples, des pros et des novices, qui nous parlent de ce mode de vie fleurant bon la liberté.

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David Marchon
28 juin 2021
Les Robert voyagent en van aménagé  et camping-car depuis plus de 50 ans. Ils ont quelques rituels importants, comme prendre un apéro en fin de journée.

Les Robert voyagent en van aménagé et camping-car depuis plus de 50 ans. Ils ont quelques rituels importants, comme prendre un apéro en fin de journée.

Si «le Tube» pouvait parler, il en aurait des histoires à raconter! Ce Citroën Type H – surnommé «le Tube» en référence au modèle sorti au début des années 1940 (TUB) – est un membre à part entière de la famille Robert. «En 1972, mon père avait acheté, neuf, ce véhicule destiné aux livraisons. Les boulangers et les fromagers, par exemple, s’en servaient pour vendre leurs produits. Je l’ai entièrement transformé en lieu de vie, en construisant tout l’équipement intérieur: la cuisine, le lit, les toilettes, l’éclairage, etc.», explique Jean-Paul Robert qui n’avait qu’une vingtaine d’années à l’époque. «Pour faire du camping-car, il faut être bricoleur, car il y a toujours quelque chose à réparer ou à améliorer», ajoute cet architecte de Thierrens (VD), aujourd’hui à la retraite.

Un membre de la famille

En 1975, il épouse Sylvie, une jeune pharmacienne. Le Tube a assisté à l’événement, bien entendu. Il a ensuite accompagné les mariés en lune de miel, en Italie, où il les a observés avec curiosité au petit matin, courir en pyjama, chassés par le propriétaire d’un camping. «Nous n’avions rien réservé et ce soir-là tout était complet. Nous avions alors passé la nuit devant l’entrée d’un camping, ce qui était une mauvaise idée», sourit Sylvie. Au fil du temps, le couple a appris de ses erreurs de débutants.

«Nous nous ennuierions dans un hôtel de luxe»

Sylvie Robert

Le petit bolide a aussi vu la famille s’agrandir et l’a transportée aux quatre coins de la Suisse et de l’Europe. «Nous allions surtout dans des campings, raconte Sylvie (70 ans). Quand les enfants étaient petits, nous emmenions des tentes dans lesquelles ils dormaient. Ils adoraient ça.»

Les parties de Scrabble plutôt que la télé, la nature et l’aventure plutôt que le «all inclusive»: Sylvie et Jean-Paul aiment l’authenticité que peuvent offrir les voyages en camping-car.

Conseils de pros

Après plus de cinquante ans d’expérience de vacances en camping-car, les Robert ont des conseils à revendre. «Le voyage débute à la sortie de chez soi, commence Jean-Paul. Si la courroie du ventilateur casse, on répare, mais on ne rentre surtout pas à la maison.» «Lorsque l’on s’arrête à un endroit, on y dort deux nuits au minimum pour avoir le temps de découvrir les lieux. En plus, tout plier, ranger, prend beaucoup de temps. On emmène en général nos vélos car les campings et les aires de camping-cars sont souvent éloignés des sites touristiques», poursuit Sylvie.

Voyager en famille dans un espace clos n’est pas toujours chose facile. Les Robert conseillent de calmer immédiatement les éventuelles tensions. Maintenir toujours propre et bien rangé un espace de vie si petit est une autre astuce qui leur paraît essentielle, pour que le voyage se déroule en harmonie.

De Thierrens à Pékin

En 2010, Jean-Paul et Sylvie décident d’acheter un véhicule moderne, un Fiat Ducato équipé, qui demande moins d’entretien et permet de faire des voyages longue distance plus confortablement. Quelques rêves extra­ordinaires se réalisent alors. Comme un voyage de cinq semaines en été 2011 au cap Nord. «C’était incroyable! Les lacs du centre de la Finlande, des cascades d’eau douce qui se jettent dans la mer, se souvient Sylvie le sourire jusqu’aux yeux. Avant de poursuivre: des rennes qui traversent la route, ne croiser aucune civilisation pendant des jours, le soleil qui ne se couche jamais, pêcher à 1 heure du matin...» Difficile pour elle de résumer en quelques phrases ce périple entrepris avec des amis mordus de camping-car eux aussi.

En parlant d’amis, Jean-Paul donne un autre conseil: «C’est important de garder cette liberté de voyager même à plusieurs, ne pas se forcer à tout faire ensemble.»

Si le couple devait choisir un autre voyage marquant, ce serait probablement leur Paris, Pékin, Istanbul, il y a tout juste trois ans, lorsqu’ils ont traversé une vingtaine de pays, d’innombrables cultures et des paysages grandioses. Au menu: des forêts interminables de bouleaux autour du lac Baïkal en Sibérie, des steppes à perte de vue en Mongolie, les montagnes du Kirghizistan et des milliers de rencontres hors du commun qui les ont rendus encore plus riches et amoureux de cette manière de voyager. «Le camping-car offre une simplicité, une multitude de découvertes et une ouverture sur le monde. Dans ce style de voyage, il faut accepter l’inconnu et l’imprévu. Je pense que nous nous ennuierions dans un hôtel de luxe», conclut Sylvie qui rêve déjà d’un prochain périple.

Quant au Tube, il reste toujours dans la famille et fonctionne parfaitement, grâce, notamment, à Yannick (42 ans), le fils de Jean-Paul et Sylvie, qui l’entretient et le fait voyager aujourd’hui encore. Et quand il klaxonne, il éveille toujours chez certaines personnes un réflexe pavlovien: une soudaine envie de pain frais ou de fromage. 

 

 


Joëlle et Lucas ont découvert le voyage en bus aménagé, il y a tout juste un an. Ils en profitent au maximum, surtout pour faire des randonnées, été comme hiver.

«C’est un rêve qui se réalise», résume Lucas Vuitel, un jeune photographe neuchâtelois de 28 ans, quand on lui pose la question sur ses motivations à acquérir un bus VW California. Il fait partie des rares privilégiés à en avoir obtenu un en 2020, en plein semi-confinement, lorsque les demandes pour ce genre de bolides ont explosé (+26% de ventes en Suisse par rapport à 2019). Il faut dire qu’il l’avait commandé juste avant la pandémie. Et depuis juillet de l’année dernière, lui et sa copine Joëlle en profitent au maximum.

«Après une soirée, pas besoin de prendre le volant»

Lucas Vuitel

Leur première virée date du 2 juillet 2020 exactement, «une nuit au lac des Taillères, où nous avons mangé des tortellinis. Rien de très sexy quoi», sourit la jeune femme de 28 ans également. Si Joëlle se souvient de chaque détail précisément, c’est grâce à un journal de bord que son père lui avait offert pour l’occasion. Depuis, elle note toutes les informations importantes: la qualité de l’emplacement, les activités réalisées et diverses données sur leur installation, comme le niveau de chauffage en hiver.

Haute cuisine et camping à Noël

Le couple commence à avoir l’expérience de la vie en camping-car. Lucas aime se rappeler des Reussilles (BE) où, en février dernier, Joëlle et lui ont pu s’installer devant le restaurant de la Clef qui avait aménagé son parking pour les camping-cars et livrait un menu gastronomique à ses clients. «Ils nous apportaient les différents plats du menu devant le bus, c’était génial», ajoute Lucas. Joëlle, quant à elle, aime conter leur week-end magique en décembre dernier dans le camping de Lauterbrunnen (BE), sous la neige. «Je n’avais jamais réfléchi à des vacances d’hiver au camping, explique-t-elle. Les campeurs allaient skier la journée, nous faisions des balades en raquettes et le soir, il y avait une bonne ambiance. C’était juste avant Noël. Certains avaient même décoré leur véhicule avec des guirlandes.»

Voyager sans stress

Plusieurs raisons ont poussé le jeune photographe à franchir le pas en s’offrant ce bus tout équipé, ou presque (sans toilettes ni douche toutefois). D’une part, de bons souvenirs d’enfance au camping, et d’autre part, plus tard, des séjours au Paléo Festival avec Joëlle et leur amis. Mais aussi, voire surtout, une envie de découvrir la Suisse et une soif de liberté: «Un bus, c’est mieux qu’un appart que l’on achète quelque part. On n’est pas obligé d’aller tout le temps au même endroit», nous explique-t-il. «Dès que l’on quitte le garage, on est déjà en vacances, ajoute Joëlle. Et il n’y a pas de stress, pas d’horaires à respecter. En plus, on peut partir avec très peu de choses.»

Des instants privilégiés

Mais une certaine organisation est parfois nécessaire, avouent-ils avec un sourire complice. Ils font référence à un week-end au Tessin, où ils s’étaient rendus sans réserver de place dans un camping. Chez les Tessinois, il est strictement interdit de faire du camping sauvage ou de dormir dans sa voiture sur une place de parc non prévue à cet effet. Et ce week-end là, tout était complet! Ils ont finalement obtenu l’autorisation de dormir sur le parking d’un camping. «Il y a toujours des solutions», conclut la jeune femme. Pour le jeune couple, ce mode de voyage est une belle opportunité pour profiter du temps libre. Le couple aime faire des randonnées en montagne, les via ferrata.

Joëlle emporte toujours son journal de bord, où elle note des détails comme le contenu de leur repas ou encore les activités réalisées.

Grâce à leur bus, ils ont la sensation de vivre des instants privilégiés. Ils peuvent, par exemple, passer la nuit sur place pour débuter une marche au petit matin, avant les foules. Et le soir, après le souper, en cuisinant dans leur bolide «un truc qui ne pue pas», ils profitent du cadre, du coucher de soleil, jouent au Uno, lisent un livre ou écoutent de la musique.

Et nul besoin d’aller très loin. «Même après une soirée chez des amis, on n’a pas besoin de prendre le volant. On peut dormir devant chez eux», sourit Lucas de plus en plus mordu de sa petite maison sur quatre roues.

 

 

Jürg Reinhard

Chef de projet Test & Mobilité Touring Club Suisse

Quels conseils donneriez-­vous à un ami qui souhaite acheter un camping-car ou un van aménagé?

Pour commencer, il faut définir ses besoins en termes de taille et de budget. Combien de personnes vont y voyager? Avec ou sans enfants? Il faudrait également prendre en compte les points suivants: le véhicule est-il neuf ou d’occasion? Est-ce que j’ai une place de stationnement? Et combien coûte-t-elle par mois? Comparer les assurances et les taxes, etc.

L’année dernière, nous avons assisté à un boom des ventes de camping-cars. S’agit-il d’une tendance durable?

Je pense que ce boom peut encore durer un à deux ans. On constate déjà que de plus en plus de beaux sites de camping sont réglementés, obligeant les véhicules aménagés à stationner à bonne distance. La liberté associée à ce mode de voyage est donc de plus en plus relative. Bien sûr, l’avenir dépendra des offres alternatives qui se développeront, par exemple la possibilité de stationner chez des viticulteurs, ou sur des places de parc communales.

Existe-t-il une restriction quant au permis de conduire?

La limite est fixée à 3500 kg. Au-delà, il faut être détenteur d’un permis de catégorie C.

Trouve-t-on des véhicules respectueux de l’environnement, du type véhicules électriques?

Malheureusement, pas encore. Mais je suis certain que cela ne va pas tarder.

Quelles sont les conséquences de cette évolution sur les campings, les places de stationnement, ainsi que sur les rues?

C’est l’infrastructure dans son ensemble qu’il faut adapter et repenser (vidange et remplissage des réserves d’eau, raccordements électriques aux aires de service, etc.). Dans les petits villages de Provence ou en Italie, par exemple, la réglementation du trafic a été adaptée.

Le stationnement en dehors des campings est-il autorisé ou interdit?

Le TCS publie sur son site internet une liste mise à jour chaque saison. Elle comprend des règles à respecter en dehors des campings. On peut aussi se renseigner sur les plateformes dédiées aux camping-cars, ou directement auprès des communes concernées.

Avez-vous d’autres conseils de bon comportement en camping-car à partager?

Oui. Il faut respecter la sphère privée des autres voyageurs, observer les règles, notamment en matière de stationnement, et la législation en vigueur, ne pas laisser ses déchets et enfin, vidanger les toilettes et déverser les eaux grises aux endroits prévus à cet effet.

 

 


Côté livres

La vie en van

«Road trip» émouvant

Un roman touchant et aux personnages attachants, à glisser dans sa valise cet été. «Tout le bleu du ciel», Mélissa Da Costa, Ed. Le Livre de Poche, 16 fr. 80*

 

Y a pas que des conserves

Des idées de recettes pour manger sainement avec peu d’ingrédients. «Cuisiner en van et en camping», Delphine Lebrun (auteure) et Claire Payen (photographe), Ed. Solar, 23 fr.*

 

Roman «feel good»

Changer de vie en montant une bibliothèque itinérante, tel est le sujet du roman «La charmante librairie des jours heureux» de Jenny Colgan, Ed. Pocket, 14 fr. 60*

 

Pour les petits campeurs

Un livre cartonné doté de quatre roues pour découvrir les aventures de «César le camping-car», Yoyo Editions, 8 fr. 80*

 

Un guide pour se lancer

Tifenn et Kevin ont sillonné les routes d’Europe pendant neuf mois à bord d’un van. Ils partagent leurs aventures en donnant des conseils pour tous ceux qui souhaitent s’y mettre aussi. «Voyager en van. Le guide indispensable pour partir seul ou en famille», Tifenn Butel et Kevin Laurent, Ed. Jouvence, 23 fr. 90*

 

* Disponible dans certains magasins Coop